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cevoit les eaux salées, & duquel elles couloient dans les chaudieres. Mais l’une de ces opinions n’est pas plus certaine que l’autre ; & elles pourroient bien n’être toutes les deux que le fruit de l’imagination échauffée de quelques étymologistes. Pendant les travaux que l’on a faits dans le puits de Lons-le-Saunier pour l’établissement de la nouvelle saline, on n’y a point remarqué ce flux & reflux dont il est parlé. D’ailleurs le mot de Lons vient probablement de celui de Lœdo, & c’est sans raison qu’on lui va chercher une étymologie particuliere.

Si l’on ignore en quel tems les salines de Lons-le-Saunier furent établies, la cause & l’époque de leur destruction ne sont pas moins inconnues. On a trouvé dans les creusages qui ont été faits, une grande quantité de poulies, de rouages, d’arbres de roue à demi brûlés, & l’on peut conjecturer de-là, que ces salines périrent par le feu.

La ville de Lons-le-Saunier, dans une requête présentée en 1650 au conseil des finances du roi d’Espagne, exposa que ses anciennes salines avoient été détruites en 1290, pour mettre celles de Salins en plus grande valeur ; & qu’elle avoit obtenu sur ces dernieres 96 charges de sel par mois. Ce droit lui avoit été accordé en forme de dédommagement par Marie de Bourgogne & Charles V. son petit-fils ; elle en avoit joui jusqu’aux guerres, & aux pestes des années 1636 & 1637 ; & elle demandoit à y être rétablie. Elle obtint ce qu’elle desiroit ; mais enfin cet ancien droit a été réduit en argent, & c’est pour l’acquitter que le roi lui accorde encore à présent 1000 liv. par année pour les salines de Salins.

Cependant, quoique la chûte de celles de Lons-le-Saunier soit fixée dans l’acte que nous venons de citer, à l’année 1290, il est certain qu’elle est postérieure à cette époque. Philippe de Vienne, en 1294, légua par son testament à Alaïs sa fille, abbêsse de l’abbaye de Lons-le-Saunier 18 montées de muire à prendre au puits de Lons-le-Saunier, pour elle & pour les abbêsses qui lui sccéderoient.

C’est au commencement du xiv. siecle qu’on peut vraissemblablement rapporter la destruction de ces salines, & l’on ne trouve point de titre plus moderne qui en fasse mention.

Quoi qu’il en soit, il paroît certain que les eaux qu’on y bouillissoit étoient meilleures que celles dont la nouvelle saline fait usage. Si elles n’eussent été qu’à 2, 7 & 9 degrés, comme on les voit aujourd’hui, il eût fallu une dépense trop considérable pour en tirer le sel ; les bâtimens de graduation n’étoient pas connus alors. Quand ces anciennes salines furent abandonnées, on tâcha d’en perdre les sources en les noyant dans les eaux douces ; l’on n’a pu ensuite les en séparer entierement ; & c’est à ce mélange encore subsistant, que nous devons attribuer la foiblesse des eaux que Montmorot emploie à présent.

Ce n’est qu’en 1744, que cette nouvelle saline a été établie, avec des bâtimens de graduation, dont les trois aîles forment un demi-cercle, qu’elle ferme en partie par le devant. Les puits dont elle tire ses eaux salées, sont situées à différentes distances hors de son enceinte, ainsi que les bâtimens de graduation. Ce sont de véritables puits, dont les sources saillissent presque toutes du fond. Ils n’ont rien de curieux, & ne méritent pas que l’on en donne ici la description. Ils sont, comme à Salins, au nombre de trois.

Le puits de Lons-le-Saunier, ainsi nommé parce qu’il se trouve dans cette ville, fournit dans 24 heures, depuis 1400 jusqu’à 1700 muids d’eau seulement à 2 degrés. Elle est un peu chaude, & le thermometre plongé dans ce puits monte de 4 degrés. Les eaux élevées par des pompes, sont conduites dans des canaux souterreins à la distance d’un quart


de lieue, jusqu’à l’aîle de graduation, dite de Lons-le-Saunier.

Le puits Cornoz est éloigné de 34 toises de l’aîle de graduation, à laquelle il donne son nom, & où ses eaux vont se rendre. Il forme deux puits placés l’un à côté de l’autre, dans une même enceinte, pour recevoir deux différentes sources. L’une a 7 degrés donne environ 200 muids d’eau par 24 heures ; & l’autre 3 degrés, n’en fournit que 12.

Le puits de l’étang du Saloir renferme plusieurs sources salées, qui, par des canaux souterreins, sont conduits à une demi-lieue, dans le bâtiment de graduation, dit du puits Cornoz. La principale à 9 degrés tombe dans le puits où elle se rend par un petit canal taillé dans le roc, & elle fournit 53 muids d’eau par 24 heures. Différentes autres sources à 3 & 4 degrés sortent du fond de ce même puits, & forment un mélange d’eaux de 6 à 7 degrés, dont le produit varie depuis 63 jusqu’en 73 muids par 24 heures.

On voyoit autrefois dans le même endroit un étang qui y avoit été formé pour submerger les sources salées, & c’est de-là que ce puits a pris le nom de l’étang du Saloir. Il fut creusé en 1733 à 57 piés 4 pouces de profondeur, à laquelle on trouva le rocher d’où sortoit la principale source salée ; & dès ce tems on établit là une saline, qui fournissoit environ dix mille quintaux de sel. Mais elle fut supprimée quand l’on construisit celle de Montmorot, où furent amenées les eaux du puits de l’étang du Saloir.

Ce puits, le plus important des trois par le degré de salure où sont ses eaux, fut mal construit dans les commencemens. Il est tout entouré d’eaux douces, qu’on n’en détourna pas avec assez de soin, ensorte qu’elles y pénétrerent, & affoiblirent de beaucoup les sources salées. On leur a depuis creusé un puisard où elles vont se rendre près du puits à muire, & d’où elles sont élevées par des pompes. Mais cet ouvrage nécessaire n’a pas rendu aux sources leur même degré, qui, en 1734, étoit à 11, & se trouve réduit à 8 ou à 9, encore n’est-on pas assuré qu’elles restent longtems dans le même état ; elles varient beaucoup. La principale source, qui étoit entierement perchée dans le roc, est descendue en partie, & pousse plus de sa moitié par le fond du puits. Plus bas est une source d’eau douce fort abondante, que l’on force à remonter sur elle-même pour la conduire au puisard. Il est fort à craindre que les sources salées continuent à descendre, & s’enfonçant davantage, ne se perdent entierement dans les eaux douces. Il faudroit donc chercher à parer cet accident, qui ébranleroit la saline, & faire de nouvelles fouilles, pour tâcher de découvrir de nouvelles sources.

Les bâtimens de graduation ont été inventés pour épargner la grande quantité de bois que l’on consommeroit en faisant entierement évaporer par le feu les eaux à un foible degré de salure ; car sur 100 livres d’eau, il y en aura 98 à évaporer, si elles ne contiennent que 2 livres de sel. Si au-contraire elles en renferment 16, il n’y aura que 84 livres d’eau à évaporer. Par conséquent dans ce dernier cas on brûlera un septieme de bois de moins que dans le premier, pour avoir 7 fois plus de sel.

Ainsi, supposons qu’il faille 3 piés de bois cubes pour évaporer un muid d’eau, on ne brûlera que 252 piés de bois pour avoir 16 muids de sel, si on se sert d’une eau à 16 degrés. Si au-contraire elle n’est qu’à 2 seulement, pour avoir la même quantité de sel, il faudra brûler 2353 piés de bois. La raison en est sensible. Dans le premier cas, 100 muids d’eau contenant 16 muids de sel, il n’en reste que 84 à évaporer ; mais dans le second, il faut 800 muids d’eau pour en avoir 16 de sel ; & l’on a par conséquent 784 muids à évaporer. Voilà donc 700 muids de