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Le même poëte parle ailleurs, Æneid. l. VIII. v. 322. de ses divers changemens de nom :

Sæpius & nomen posuit Saturnia tellus.

L’Italie fut originairement appellée, terre de saturne, parce que comme on sait, Saturne s’alla cacher dans cette contrée, lorsqu’il eut été chassé par son fils Jupiter. (D. J.)

SATURNIA URBS, (Géog. anc.) les anciennes histoires portent, dit Varron, l. IV. de L. L. c. vij. qu’il y avoit une ville nommée Saturnia sur le mont Tarpéïen, & il ajoute qu’on en voyoit de son tems des vestiges en trois endroits. On lit dans Minucius Felix, c. xxij. que Saturne fugitif ayant été reçu par Janus, bâtit en même tems la ville Janiculum ; & on trouve la même chose dans deux vers de Virgile. Æneid. l. VIII. v. 357.

Comme le mont Tarpéïen étoit le même que le mont de Saturne, & le mont Capitolin, il y a grande apparence que la ville Saturnia n’est autre chose que la forteresse qui étoit, selon Festus, au pié du mont de Saturne. (D. J.)

SATURNIEN Vers, (Poésie latine.) saturnius numerus, dans Horace ; les vers saturniens étoient les mêmes que les vers fescennins, & ces deux noms leur sont venus de deux des plus anciennes villes de Toscanne. Saturnia étoit dans le quartier des Ruselans, vers la source de l’Albegna, & ses ruines portent encore aujourd’hui le nom de sitergna. L’étymologie que nous donnons à ces vers, avec le P. Sanadon, est bien différente de celle qu’ont imaginé les grammairiens, & que les commentateurs ont copié ; mais elle nous paroît plus raisonnable. Les curieux trouveront tous les détails qu’ils peuvent désirer sur les vers saturniens, dans le traité de la versification latine du même P. Sanadon. (D. J.)

Saturniens, adj. (Divinat.) nom que les astrologues donnent aux personnes d’un tempérament triste, chagrin, & mélancholique, en supposant qu’elles sont sous la domination de Saturne, ou qu’elles sont nées pendant que Saturne étoit ascendant.

Saturniens, s. m. (Hist. eccles.) secte d’anciens gnostiques, ainsi nommé de leur chef Saturnin, qui avoit été disciple de Simon le magicien, de Basilide, & de Ménandre.

Ils parurent au commencement du second siecle ; ils condamnoient le mariage, comme une invention du diable, & nioient la résurrection de la chair ; ils disoient que le monde avoit été formé par sept anges, & qu’en même tems il y avoit eu deux hommes formés par deux de ces esprits, dont l’un étoit bon & l’autre mauvais ; que de-là procédoient deux genres d’hommes, qui tenoient les uns de la bonté, les autres de la malice de leurs chefs ; que pour délivrer les bons de l’oppression des méchans, assistés par le demon, le sauveur étoit venu sur la terre, sous la figure apparente d’un homme, mais qu’il n’en avoit pas pris la nature. Au reste, les saturniens affectoient de paroître fort austeres, & de s’abstenir de l’usage de toutes choses animées. Baronius, ad ann. Chr. 120.

SATURNIUS mons, (Géog. anc.) on appelloit ainsi, selon Festus, de verbor. signif. l’une des montagnes sur lesquelles fut bâtie la ville de Rome, & qui fut depuis nommée le mont Capitolin. Le premier nom avoit été donné à cette montagne, parce qu’on la croyoit sous la protection de Saturne. On appelloit pareillement Saturnii, ceux qui habitoient la forteresse qui étoit au bas du mont Capitolin ; il y avoit dans cet endroit un autel qui paroissoit avoir été consacré à Saturne avant la guerre de Troie, parce qu’on y sacrifioit la tête découverte, au-lieu que les prêtres d’Italie sacrifioient la tête couverte d’un voile, à l’imitation d’Enée, qui, dans le tems qu’il


faisoit un sacrifice à sa mere Vénus, sur le rivage de Laurentum, se couvrit d’un voile, pour n’être pas connu d’Ulysse, & évita par ce moyen d’être vu de son ennemi. (D. J.)

SATURUM, (Géog. anc.) ville de Tarente à l’orient ; cette ville étoit sur les frontieres de la Pouille & de la Calabre ; Servius dit sur le quatrieme livre des Géorgiques : Tarentino ab oppido Satureo juxta Tarentum, sunt Baphia ubi tingitur lana. Voyez Satyrium. (D. J.)

SATYRES, s. m. (Mythol.) les satyres étoient selon la fable des divinités champêtres, qu’elle représente comme de petits hommes fort velus, avec des cornes & des oreilles de chevres ; la queue, les cuisses, & les jambes du même animal ; quelquefois ils n’ont que les piés de chevre. On fait naître les satyres de Mercure & de la nymphe Yphtimé, ou bien de Bacchus & de la nayade Nicée, qu’il avoit ennivrée, en changeant en vin l’eau d’une fontaine où elle buvoit ordinairement. Le poëte Nonnus dit qu’originairement les satyres avoient la forme toute humaine ; ils gardoient Bacchus, mais comme Bacchus malgré toutes ses gardes, se changeoit tantôt en bouc, tantôt en fille, Junon irritée de ces changemens, donna aux satyres des cornes & des piés de chevres.

Pline le naturaliste prend les satyres des poëtes, pour une espece de singes, & il assure que dans une montagne des Indes, il se trouve des satyres à quatre piés, qu’on prendroit de loin pour des hommes ; ces sortes de singes ont souvent épouvanté les bergers, & poursuivi quelquefois les bergeres ; c’est peut-être ce qui a donné lieu à tant de fables touchant leur complexion amoureuse ; ajoutez qu’il est souvent arrivé que des bergers couverts de peaux de chevres, ou des prêtres, ayent contrefait les satyres, pour séduire d’innocentes bergeres. Dès-là l’opinion se répandit que les bois étoient remplis de ces divinités malfaisantes ; les bergeres tremblerent pour leur honneur, & les bergers pour leurs troupeaux ; ces frayeurs firent qu’on chercha à les appaiser par des sacrifices & par des offrandes.

Pausanias rapporte qu’un certain Euphémus ayant été jetté par la tempête, avec son vaisseau, sur les côtes d’une île déserte, vit venir à lui des especes d’hommes sauvages tout velus, avec des queues derriere le dos ; qu’ils voulurent enlever leurs femmes, & se jetterent sur elles avec tant de fureur, qu’on eut bien de la peine à se défendre de leur brutalité. Nos navigateurs revoyent souvent les satyres, ou hommes sauvages tout velus de Pausanias ; ce sont des singes à queue. (D. J.)

Satyre, s. f. (Poésie.) poëme dans lequel on attaque directement le vice, ou quelque ridicule blâmable.

Cependant la satyre n’a pas toujours eu le même fonds, ni la même forme dans tous les tems. Elle a même éprouvé chez les Grecs & les Romains, des vicissitudes & des variations si singulieres, que les savans ont bien de la peine à en trouver le fil. J’ai lu, pour le chercher & pour le suivre, les traités qu’en ont fait, avec plus ou moins d’étendue, Casaubon, Heinsius, M M. Spanheim, Dacier & le Batteux. Voici le précis des lumieres que j’ai puisées dans leurs ouvrages.

De l’origine des satyres parmi les Grecs. Les satyres dans leur premiere origine, n’avoient pour but que le plaisir & la joie ; c’étoient des farces de villages, un amusement, ou un spectacle de gens assemblés pour se délasser de leurs travaux, & pour se réjouir de leur récolte, ou de leurs vendanges. Des jeux champêtres, des railleries grossieres, des postures grotesques, des vers faits sur le champ, & recités en dansant, produisirent cette sorte de poésie, à la-