Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/811

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supporter les fatigues les plus rudes, toutes les incommodités de la guerre, toutes les injures de l’air, une grande sobriété, une grande simplicité, & beaucoup de bravoure & de courage, même dans les femmes qui alloient à la guerre avec leurs maris. Chacun y servoit à ses dépens, & y alloit de son bon gré, sans qu’il fût nécessaire de faire des enrôlemens. Ils avoient de certains caracteres hiéroglyphiques & sacrés, dont ils se servoient particulierement dans les monumens funéraires, comme tombeaux, épitaphes, cénotaphes, & semblables. On en voit encore aujourd’hui un de ce genre dans la province d’Angus, ou le cimetiere du village du Meigil.

Quand ils vouloient se divertir, & faire débauche, comme on parle, ils se servoient d’une espece d’eau-de-vie, ou de liqueur forte, qu’ils tiroient de diverses herbes odoriférantes, comme thym, marjolaine, anis, menthe, & d’autres qu’ils distilloient à leur maniere.

Il ne pouvoient pas souffrir de gens infectés de maux contagieux, comme de lepre, de mal-caduc, des lunatiques, ou semblables : ils leur coupoient les parties destinées à la génération, afin qu’ils ne pussent point mettre au monde de misérables enfans, qui eussent un jour de si terribles maladies. S’il se trouvoit quelque femme qui en fût atteinte, ils l’empêchoient de se marier, & la contraignoient de vivre en sequestre.

Dans la suite des tems, les Saxons s’emparerent de la partie de l’Ecosse, dont les Romains avoient fait une province, & en chasserent les Scots & les Pictes, qui furent forcés de se retirer dans le nord de leur pays. Mais vers le milieu du neuvieme siecle, les Scots se rendirent maîtres du pays des Pictes ; & environ quarante ans après, sous le regne de Kenneth, ils le remirent en possession de la partie méridionale de l’Ecosse, qui avoit été occupée par les Saxons Northumbriens, dont ils ruinerent le royaume. Ce fut alors que toute l’Ecosse réunie sous un seul maître, ne fut plus connue que sous le nem d’Ecosse ou Scotland, d’où les François ont fait par corruption le nom d’Ecosse, & ont appellé Ecossois, les peuples, qui dans leur langue propre, s’appellent Scots. Le Chevalier de Jaucourt.

SCOTIE, s. f. (Archit.) moulure ronde & creuse entre les tores de la base d’une colonne, & quelquefois aussi sous le larmier de la corniche dorique ; on donne à sa saillie inférieure , & à sa supérieure un tiers de sa hauteur. La scotie est encore appellée nacelle, membre creux & trochile, du grec τροχίλος, qui signifie une poulie. Le mot scotie est dérivé du grec σκότος, qui signifie obscurité, à cause de l’ombre qu’elle reçoit dans son creux.

Scotie inférieure & scotie supérieure, la premiere scotie est la plus grande scotie des deux d’une base corinthienne ; & l’autre qui est au-dessus est la plus petite. (D. J.)

SCOTISTES, s. m. pl. (Théolog. & Philosoph.) secte de philosophes & de théologiens scholastiques, ainsi nommés de leur chef Jean Duns, surnommé Scot, Scotus, parce qu’il étoit natif d’Ecosse selon quelques-uns, on selon d’autres d’Irlande, que l’on comprenoit alors sous le nom de Scotia. Scot étoit religieux de l’ordre de S. François, sur la fin du xiij. siecle, & au commencement du xiiij. Il se distingua extrèmement dans l’université de Paris, par sa pénétration & sa facilité à traiter les questions de philosophie & de théologie ; ce qui lui fit donner le nom de docteur subtil. D’autres l’on nommé le docteur très-résolutif, parce qu’il avança quantité de sentimens nouveaux, & qu’il ne s’assujettit point à suivre les principes des théologiens qui l’avoient précédé. Il se piqua sur-tout de soutenir des opinions opposées à celles de S. Thomas ; & c’est ce qui a produit dans l’éco-


le les deux sectes des Thomistes & des Scotistes. Voyez Thomistes.

Au reste les uns & les autres, quant à la philosophie, étoient Péripatéticiens ; ils differoient seulement en ce que les Scotistes distinguoient en chaque être, autant de formalités qu’il y avoit de qualités différentes, & croyoient toutes ces formalités absolument distinguées du corps, faisant pour ainsi dire autant de différentes entités, excepté celles qui étoient métaphysiques & comme sur-ajoutées à l’être. Voyez Formalité.

Quant à la théologie, la question de l’immaculée conception, & celle de la maniere dont les sacremens operent, sont les principaux points sur lesquels les Scotistes étoient, & sont encore opposés aux Thomistes. Voyez Conception & Sacrement.

SCOTITAS, (Mythol.) Jupiter avoit un temple près de Sparte, où il étoit honoré sous le nom de Jupiter Scotitas, c’est-à-dire Jupiter le ténébreux, apparemment pour signifier que l’homme ne sauroit pénétrer les profondeurs de l’être suprême. (D. J.)

Scotitas, (Géogr. anc.) ou Scotita ; bois du Péloponnèse dans la Laconie. On lit dans Pausanias, l. III. c. x. que lorsqu’on étoit descendu du lieu nommé les Hermes, on trouvoit un bois planté de chênes, qu’on appelloit le Scotitas, non à cause de son obscurité, comme on le pourroit croire, car σκότος, signifie des ténebres ; mais parce que dans ce petit canton, Jupiter étoit honoré sous le nom de Jupiter Scotitas, & qu’il avoit son temple sur la gauche, à dix stades du grand chemin. M. l’abbé Gédoin remarque à cette occasion, qu’on avoit donné à Jupiter le nom de Scotitas, ou le Ténébreux, apparemment pour signifier que l’homme ne sauroit pénétrer dans les profondeurs de l’être suprême. (D. J.)

SCOTIUM, (Géog. anc.) montagne de l’Asie mineure, aux environs de l’Arménie.

SCOTOMIE, s. f. (Médecine.) tournoiement de tête, dans lequel les esprits animaux se meuvent tellement en rond, que les objets extérieurs semblent se mouvoir de même. Voyez Vertige.

SCOTUSSE, (Géog. anc.) Scotusa, Scotyssa ou Scotussa ; 1°. ville de la Thessalie. Ptolomée, l. III. c. xiij. qui la donne aux Pélasgiotes, suit la premiere ou la seconde ortographe, ainsi que le périple de Scylax ; Plutarque, in Æmilio Probo ; Polybe, Tite-Live & Pausanias, l. VI. c. v. sont pour la derniere. La ville de Scotusse, qui ne subsistoit plus du tems de Pausanias, avoit donné la naissance au fameux Polydamas, qui se distingua au combat du pancrace, & qui ajouta une infinité de belles actions à l’éclat de ses victoires. Pausanias remarque que ce Polydamas étoit de la plus haute stature que l’on eût vue depuis les tems héroïques.

2°. Scotusa, ville de la Macédoine sur le Strymon ; ses habitans sont appellés Scotussæi par Pline, qui dit, l. IV. c. x. qu’ils étoient libres sous les Romains. (D. J.)

SCOUE, s. f. (Marine.) c’est l’extrémité de la varangue qui est courbée pour s’enter avec le genou.

SCRIBA, s. m. (Gouvernement rom.) officier subalterne de justice chez les Romains.

Les premiers scribes exerçoient chez les Romains à-peu-près le même office que les greffiers dans nos bureaux ; ils tenoient le registre des arrêts, des lois, des ordonnances, des sentences, des actes, & en délivroient copie aux intéressés ; ils formoient un corps subdivisé en différentes classes & différens degrés, suivant qu’ils étoient employés sous les magistrats supérieurs ou subalternes.

Mais cet office, même dans la premiere classe, étoit beaucoup plus honorable chez les Grecs que chez les Romains. Nous regardons, dit Emilius Probus, les scribes comme des mercenaires, parce qu’ils