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ce qui rassemble les trois acides minéraux dans une même plante. L’évaporation lente d’une décoction d’abord simple, ensuite dépurée par la chaux & les cendres de bois neuf, est le moyen à la faveur duquel il a obtenu les crystaux distincts de ces différens sels.

La présence ou la formation des sels dans les plantes, sont dûes. 1°. A ceux que la terre contient ; semblables en cela aux animaux, les plantes en tirant leurs sucs de la terre, lui enlevent ces sels, dont plusieurs en sont un excellent fumier, ce qui nous persuade qu’une même plante crue dans des terreins chargés de sels différens, ne doit pas contenir les mêmes. 2°. A la structure des organes de la plante qui admet dans sa seve, certains sels & en rejette d’autres. 3°. A la maturité qui fait passer l’acide du verjus & des fruits en un sel doux, neutre, sucré, huileux. 4°. A la fermentation qui change ce sucre en crême de tartre, en acide pur comme vinaigre, ou en alkali volatil produit de la putréfaction. Ces deux derniers en se dissipant dans l’air, s’y combinent de différentes manieres, & reviennent fumer de nouveau la terre, entraînés par les pluies, la rosée, ou précipités par un froid vif.

Tel nous paroît être le cercle qu’observe la nature, qui la rend sans cesse féconde ; telle nous paroît être la transmutation des acides & des alkalis, que les chimistes recherchent avec tant d’empressement & de raison : transmutation qu’ils trouveront mieux par une digestion lente, par la fermentation, que par toute autre voie.

Ces principes posés, voyons comment on obtient le plus aisément les sels qui se sont acquis exclusivement dans la chimie médicinale, l’épithete d’essentiels, qui conviendroit pour le moins autant à plusieurs sels tirés des minéraux & des animaux.

Cueillez dans le printems ou au commencement de l’été, la plante aqueuse & succulente dont vous voulez extraire le sel ; tirez-en le suc en la pilant dans un mortier de marbre, & l’exprimant sous le pressoir ; coulez ce suc par la chausse, évaporez-le doucement jusqu’à consistence d’extrait, sans le laisser brûler ; dissolvez cet extrait, & étendez-le dans suffisante quantité d’eau, de maniere que le total soit bien fluide. Dans cet état garnissez un filtre d’une couche épaisse de chaux délayée, ou de toute terre absorbante ; filtrez ensuite votre dissolution plusieurs fois, jusqu’à ce qu’elle devienne limpide, ayant soin de changer de tems en tems la terre du filtre ; par ce moyen on obtient assez promptement un suc végétal, séparé de tout le mucilage qui nuit & s’oppose à la crystallisation. Ce suc traité comme les dissolutions des sels neutres, donne ses crystaux comme eux, plutôt ou plûtard, suivant la nature du sel. Ces sels ne sont plus acides, comme doivent être presque tous les sels essentiels, parce qu’ils ont trouvé dans ces terres absorbantes, ce qui leur manquoit pour les neutraliser parfaitement. Si on veut éviter cet inconvénient, on filtrera la dissolution de l’extrait sur des terres indissolubles par les acides comme les argilles, les sables, &c. C’est par cette méthode que l’on purifie & blanchit le tartre sans lui ôter son acidité.

Ce premier procédé convient aux plantes aqueuses & succulentes, aux fruits, & aux semences abondantes en liqueurs & en sucs : mais lorsqu’elles sont seches & peu succulentes, comme sont les plantes aromatiques, les légumes, &c. il faut les chauffer à une chaleur douce & humide par la vapeur de l’eau bouillante que ces plantes pilées reçoivent sur un tamis de crin, les piler en les humectant d’eau commune, ou même en faire une décoction, que l’on traite ensuite à la maniere énoncée ci-dessus. Quelques auteurs proposent la fermentation, comme un


moyen de décomposer l’huile & le mucilage ; mais ils n’observent pas que le sel essentiel est lui-même décomposé par cette opération, comme nous croyons l’avoir démontré en comparant le sel essentiel du moût, qui est un sucre, avec celui du vin, qui est du tartre.

Nous choisissons les plantes dans le printems, parce que dans cette saison, elles sont plus aqueuses, & moins huileuses. La chaleur, la sécheresse & la maturité n’ont point encore alteré ce sel, elles n’ont point enlevé cette portion d’eau qui facilite l’évaporation, qui étend le mucilage.

Les prétendus sels essentiels de M. le comte de la Garaye, ne sont autre chose que des extraits préparés avec aussi peu de feu ou de chaleur qu’il est possible, par l’infusion à froid & la trituration faites au moyen d’un moussoir tourné rapidement. Ces infusions sont évaporées sur des assietes à un feu très doux ; les extraits qui en résultent, contiennent comme tous les autres le sel essentiel de la plante qui n’est pas volatil, ils sont chargés d’une plus grande quantité d’huile non alterée ; mais l’avantage qui résulte de cette opération, ne compense pas la dépense & le travail qu’elle exige. D’ailleurs comme nous venons de le dire, ces prétendus sels, doivent être renvoyés aux extraits.

Sel fixe. Voyez Alkali fixe, dans l’article général Sel, Chimie & Médecine.

Sel Gemme ou Sel Fossile, (Hist. nat. Minéralogie.) c’est un sel qui est de la même nature que le sel marin, mais qui se trouve dans le sein de la terre. On le nomme en latin sal gemmæ, ou gemmeum, parce qu’il a quelquefois la transparence & la blancheur d’un crystal ou d’une pierre précieuse ; sal rupeum, parce qu’il se trouve par masses semblables à des roches ; sal petrosum, parce qu’il y a des pierres qui en sont quelquefois imprégnées : on l’appelle aussi sal fossile, sal montanum, parce qu’il se tire du sein de la terre, & pour le distinguer de celui qui s’obtient par l’évaporation de l’eau de la mer, & des lacs salés. Le sel gemme ne differe du sel marin ordinaire, que parce qu’il a plus de peine à se dissoudre dans l’eau que ce dernier, ce qui vient des parties terrestres & des pierres avec qui il est combiné.

Le sel gemme se trouve en beaucoup d’endroits du monde. On en rencontre en Catalogne, en Calabre, en Hongrie, en Transilvanie, en Tyrol, en Moscovie, & même dans la Chine, &c. Mais les mines les plus fameuses & les plus abondantes que nous connoissions, sont celles qui se trouvent en Pologne, dans le voisinage de Cracovie, près de deux endroits, nommés Wieliczka & Bochnia ; nous allons en donner la description d’après M. Schober, qui a long-tems eu la direction de ces mines, & qui a inséré dans le magasin de Hambourg deux mémoires fort curieux à leur sujet.

Wieliczka, est une petite ville de Pologne, située au pié des monts Crapacks, à environ deux lieues de Cracovie ; elle est bâtie dans une plaine bornée au nord & au midi, par des montagnes d’une hauteur médiocre ; le terrein où elle se trouve peut être environ de 159 à 200 piés plus élevé que le niveau des eaux de la Vistule, qui n’en est pas fort éloignée ; la ville de Bochnia est environnée de montagnes & de collines, & placée dans un lieu plus élevé que le précédent. Le terrein est glaiseux dans les environs de ces deux villes ; à la distance d’une demi-lieue, on ne trouve que très-peu de pierres, sinon près de Bochnia, où l’on voit quelques couches d’albâtre qui se montrent à la surface de la terre ; plus loin cette pierre devient moins rare, & au midi de Wieliczka on en trouve une assez grande quantité, qui ne paroît point former de banc suivi, mais qui semble avoir été dérangée de sa place. Vers