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naissante ne prouvent pas toujours qu’elle soit mauvaise, & font souvent l’éloge de ceux qui l’ont perfectionnée.

Les théologiens ont coutume de traiter plusieurs questions sur la dignité, l’utilité, la nécessité de la science qu’ils professent, & nous renvoyerons sur tous ces articles le lecteur à leurs écrits : nous nous contenterons de toucher ce qui regarde la certitude de la Théologie ou des conclusions théologiques. Par conclusions théologiques on entend celles qui sont évidemment & certainement déduites d’une ou deux prémisses, qui sont toutes deux révelées, ou dont l’une est révelée, & l’autre est simplement connue par la lumiere naturelle, & l’on demande si ces conclusions sont d’une égale certitude que les propositions qui sont de soi. 2°. Si elles sont plus ou moins certaines que les conclusions des autres sciences. 3°. Si elles égalent en certitude les premiers principes ou axiomes de géométrie, philosophie, &c.

La décision de toutes ces questions dépend de savoir quel est le fondement de la certitude des conclusions théologiques, c’est-à-dire, quel est le motif qui détermine l’esprit à y acquiescer. On convient généralement que la révélation immédiate de Dieu proposée par l’Eglise, est le motif qui porte à acquiescer aux vérités qui sont de foi, & que la révélation virtuelle ou médiate, c’est-à-dire, la connexion qui se trouve entre une conclusion théologique & la révélation, connexion manifestée par la lumiere naturelle, est le motif qui porte à acquiescer aux conclusions théologiques.

De-là il est aisé d’inférer 1°. que les conclusions purement théologiques n’ont pas le même degré de certitude que les vérités de foi, celles-ci étant fondées 1°. sur la révélation immédiate de Dieu ; 2°. sur la décision de l’Eglise qui atteste la vérité de cette révélation, au lieu que les conclusions théologiques n’ont pour motif que leur liaison avec la révélation, mais liaison apperçue seulement par les lumieres de la raison ; le motif d’acquiescement, & le moyen de connoître ce motif, sont, comme on voit, dans les conclusions théologiques d’un ordre inférieur au motif qui détermine l’esprit à se soumettre aux vérités de foi, & au moyen qui lui découvre ce motif.

2°. Que les conclusions théologiques sont plus certaines que les conclusions des sciences naturelles prises en général, parce qu’on sait que celles-ci ne sont souvent appuyées que sur des conjectures, & que leur liaison avec les premiers principes, n’est pas si évidente que celle des conclusions théologiques avec la révélation immédiate.

Mais on est partagé sur la troisieme question ; savoir, si les conclusions théologiques sont plus ou moins certaines que les premiers principes géométriques ou philosophiques ; & il y a sur ce point deux opinions.

La premiere est celle des anciens théologiens qui soutiennent que les conclusions théologiques sont plus certaines que les premiers principes, parce que, disent-ils, elles sont appuyées sur la révélation de Dieu, qui ne peut, ni ne veut tromper les hommes, au lieu que la certitude des premiers principes n’est fondée que sur la raison ou la lumiere naturelle, qui est sujette à l’erreur.

La plûpart des modernes pensent au-contraire que les premiers principes sont aussi certains que les conclusions théologiques, parce que 1°. telle est la certitude de ces axiomes : le tout est plus grand que sa partie ; deux choses égales à une troisieme sont égales entre elles, &c. qu’il est impossible d’en assigner une plus grande ; & qu’on sent par expérience qu’il n’est point de vérités auxquelles l’esprit acquiesce plus promptement. 2°. Parce que Dieu n’est pas moins l’auteur de la raison que de la révélation, d’où il


s’ensuit, que si l’on ne peut soupçonner la révélation de faux, de peur d’en faire retomber le reproche sur Dieu même, on ne peut non-plus soupçonner la raison d’erreur quant aux premiers principes, puisque Dieu nous a donné également ces deux moyens, l’un de connoître les vérités naturelles, l’autre d’adhérer aux vérités de foi. 3°. Parce que la foi même est en quelque sorte appuyée sur la raison : car, disent-ils, pourquoi croyons-nous à la révélation ? parce que nous savons que Dieu est la vérité par essence, qui ne peut ni tromper, ni être trompé ; & qui est-ce qui nous manifeste cette vérité ? la raison sans doute ; c’est elle aussi qui par divers motifs de crédibilité nous persuade que Jesus-Christ est le messie, & que sa religion est la seule véritable : si donc la raison nous mene comme par la main jusqu’à la foi, & si elle en est en quelque sorte le fondement, pourquoi veut-on que les conclusions théologiques qu’on avoue être moins certaines que les vérités de foi, le soient davantage que les axiomes & les premiers principes de la raison ? Holden. de resolut. fidei, l. I. c. iij. & element. theolog. c. j. p. 12.

Théologie mystique, signifie une espece de théologie rafinée & sublime, que professent les mystiques. Voyez Mystiques & Théologie.

Cette théologie consiste dans une connoissance de Dieu & des choses divines, non pas celle que l’on acquiert par la voie ordinaire, mais celle que Dieu infuse immédiatement par lui-même, & qui est assez puissante pour élever l’ame à un état calme, pour la dégager de tout intérêt propre, pour l’enflammer d’une dévotion affectueuse, pour l’unir intimément à Dieu, pour illuminer son entendement, ou pour échauffer ou animer sa volonté d’une façon extraordinaire.

Parmi les œuvres que l’on attribue à S. Denis l’Aréopagite, on trouve un discours de théologie mystique, & plusieurs auteurs anciens & modernes ont écrit sur le même sujet.

Théologie positive, est celle qui consiste dans la simple connoissance ou exposition des dogmes & des articles de foi, autant qu’ils sont contenus dans les saintes Ecritures, ou expliqués par les peres & les conciles, dégagées de toutes disputes & controverses. Voyez Théologie.

En ce sens, la théologie positive est opposée à la théologie scholastique & polémique.

THÉOLOGIEN, s. m. (Gram.) qui étudie, enseigne ou écrit de la théologie. Voyez Théologie.

THEOLOGIUM, s. m. (Littérat.) on donnoit ce nom chez les anciens à un lieu du théatre, élevé au-dessus de l’endroit où les acteurs ordinaires paroissoient. C’étoit celui d’où les dieux parloient, & des machines sur lesquelles ils descendoient. Il falloit un theologium pour représenter l’Ajax de Sophocle & l’Hippolyte d’Euripide. Voyez Scaliger, poet. l. I. c. j. & Gronovius, sur l’Hercules Æneus de Sophocle, act. V. vers. 1940. Le mot latin theologium est formé de θέος, dieu, & λόγος, discours. (D. J.)

THÉOMANTIE, s. f. (Antiq. greq.) θεομαντέια, divination qui se faisoit par l’inspiration supposée de quelque divinité ; les détails en sont curieux, le tems ne me permet pas de les décrire, mais vous en trouverez le précis dans Potter. Archæol. græc. l. II. c. xij. tome I. p. 298. & suiv. (D. J.)

THÉOPASCHITES, s. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques du v. siecle, & sectateurs de Pierre le Foulon, d’où ils ont été appellés quelquefois Fuloniani.

Leur doctrine distinctive étoit que toute la Trinité avoit souffert dans la passion de Jesus-Christ. Voyez Patripassiens.

Cette hérésie fut embrassée par les moines Eutychiens de Scythie, lesquels en s’efforçant de l’intro-