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cette grande multiplicité d’ingrédiens ne soit pas plus nécessaire dans le poison indien que dans l’antidote d’Europe.

On sera sans doute surpris que chez des gens qui ont à leur disposition un moyen aussi sûr & aussi prompt, pour satisfaire leurs haines, leurs jalousies, & leurs vengeances, un poison aussi subtil ne soit funeste qu’aux singes & aux oiseaux des bois. Il est encore plus étonnant qu’un missionnaire toujours craint & quelquefois haï de ses néophites, envers lesquels son ministère ne lui permet pas d’avoir toutes les complaisances qu’ils voudroient exiger de lui, vive parmi eux sans crainte & sans défiance. Cependant rien n’est plus vrai. Ce n’est pas tout ; ces gens si peu dangereux sont des hommes sauvages, & le plus souvent sans aucune idée de religion. Mémoires de l’académ. des Scienc. 1745. p. 489.

M. de Réaumur rapporta l’année suivante à l’académie, qu’un ours dont on vouloit se défaire avoit pris intérieurement jusqu’à une once d’arsénic, une noix vomique entiere, & une quantité de sublimé corrosif, suffisante seule pour empoisonner un plus gros animal, sans que cette sorte de poison ordinairement si actif, lui eût procuré la moindre incommodité. Ce même animal, qui avoit résisté à une si forte épreuve, a succombé facilement & très-promptement au poison duquel sont enduites les pointes des fleches dont se servent contre les animaux les habitans des bords du Marannon. L’ours de France en a été légerement piqué en deux endroits au défaut de l’épaule ; à la seconde piquûre, il est tombé, s’est débattu, & est mort en moins de cinq minutes. La même chose est arrivée & plus promptement encore à un aigle ; à la premiere piquûre qui lui faite sous l’aîle avec la pointe d’une de ses fleches empoisonnées, il tomba, & mourut en deux secondes. Il faut que les particules de cette pernicieuse composition, soient d’une étrange activité pour produire un effet si subit. Histoire de l’acad. 1746.

On prétend que le suc du thora des Vaudois n’est guere moins dangereux que la composition des Tiennas ; mais nous en avons déjà parlé au mot Thora. (D. J.)

TOULON, (Géog. mod.) ville & port de mer de France, en Provence, sur le bord de la Méditerranée, à 12 lieues au sud est de Marseille, à 16 d’Aix, & à 160 de Paris.

Cette ville, quoiqu’assez grande & maritime, n’est pas cependant peuplée, excepté de couvens de religieux & de religieuses. Les prêtres de l’oratoire y ont le collége, & les jésuites un séminaire. Le port de cette ville est un des plus connus, des plus vastes, & des meilleurs de l’Europe. Il est destiné aux vaisseaux de guerre ; & les galeres qui étoient à Marseille, y sont à-présent. L’arsenal est à une des extrémités du quai. Le parc de l’artillerie renferme tout ce qui est nécessaire en ce genre. Les fortifications sont du dessein du chevalier de Ville.

L’évêché n’est connu que depuis le sixieme siecle. Il est suffragant d’Arles & d’une très-petite étendue, car il n’a que vingt-cinq paroisses : cependant son revenu annuel est de quinze à vingt mille livres.

Long. de Toulon, suivant Cassini, 23. 27. latit. 43. 6. 40. Long. orient. suivant le Monnier, 23. 32. 30. latit. 43. 7.

Toulon a été, dit-on, nommée en latin Telo, Telonium, & Telo-Martius, d’un tribun de ce nom, qui y conduisit une colonie. Plusieurs savans prétendent que cette ville est le Tauroentium de Ptolomée ; mais le P. Hardouin conjecture que Toulon est le Portus citharista de Pline ; & sa conjecture est d’autant plus vraissemblable, qu’Antonin dit que ce port est éloigné de Marseille de trente milles ; ce qui est précisément la distance qu’il y a entre ces deux villes.


On lit dans la notice de l’empire, qu’il y avoit une teinturerie à Toulon dirigée par un intendant de l’empereur, qui est appellé procurator Baphiorum ; ainsi cette place étoit connue sur la fin du quatrieme siecle. Elle a éprouvé depuis les mêmes révolutions que le reste de la Provence. Les Sarrasins la pillerent une fois dans le dixieme siecle, & deux fois sur la fin du douzieme. Elle se rétablit & s’accrut sous la protection des rois de Sicile & de Naples, comtes de Provence. Elle fut réunie à la couronne avec la Provence par Charles VIII. en 1487. Son port seroit propre à l’enrichir, par sa grande rade, une des plus sûres qu’on connoisse, & dont l’entrée est défendue par plusieurs forts.

Ferrand (Louis) né à Toulon en 1645, & mort à Paris en 1699, a donné au public des ouvrages qui justifient son savoir dans les langues orientales. On fait cas de son commentaire sur les pseaumes, & d’autant plus qu’il n’étoit pas théologien de profession, mais avocat au parlement.

Bonnin de Chalucet (Louis) mort évêque de Toulon en 1712, est auteur de bonnes ordonnances synodales ; mais il s’est fait encore plus d’honneur, par les services qu’il rendit à sa ville épiscopale, lorsque les troupes des alliés l’assiégerent en 1707 : optimates exemplo firmavit, plebem frumento & pecuniâ juvit ; c’est une inscription de la reconnoissance du peuple, qui le dit ; & cette inscription est gravée dans la chambre de l’hôtel-de-ville de Toulon. (D. J.)

TOULOUBAN, (Géog. mod.) ville des Indes dans la province de Multan, à trente milles de la ville de ce nom, & sur le bord de la riviere de Multan. Long. suivant le P. Gaubil, 116. 52. latit. 30. 50. (D. J.)

TOULOUSAIN le, (Géogr. mod.) contrée de France, dans le haut Languedoc ; elle renferme les diocèses de Toulouse, de Rieux, & une partie de celui de Montauban : c’est un pays rempli de plaines, où il croît beaucoup de blé ; il est traversé par la Garonne, & a Toulouse pour capitale. Le canal de Languedoc y prend sa naissance. (D. J.)

TOULOUSE, (Géog. mod.) ville de France dans le haut Languedoc, dont elle est la capitale, comme de toute la province de Languedoc. Cette ville, située sur le bord oriental de la Garonne, dans le pays des Tectosages, est une des plus anciennes des Gaules, puisque Trogue Pompée & plusieurs autres auteurs assûrent qu’elle étoit la patrie des Tectosages, qui ravagerent la Grece du tems de Brennus, près de 280 ans avant J. C. Elle est nommée Tolosa par César, lib. I. bell. gal. c. x. Tolosa colonia ; par Ptolomée, l. II. c. xx. urbs Tolosatium par Sidonius Apollinaris, l. IV. epist. xvij. & civitas Tolosatium, dans la notice de la Gaule. C’étoit une ville d’une grande étendue, & divisée en cinq parties, suivant ce vers d’Ausone, epist. xxiij. v. 83.

Quincuplicem socias tibi Martic Narbo Tolosam.

On lui donna l’épithete de Palladia, soit à cause du culte que les habitans rendoient à Pallas, soit à cause des oliviers qui sont l’arbre de cette déesse, & qui croissent en quantité dans le territoire de cette ville ; soit enfin à cause du goût que ses habitans avoient pour les sciences, selon ce distique de Martial, l. IX. epigram. 101.

Marcus Palladiæ non inficianda Tolosæ
Gloria, quam genuit pacis alumna quies.

Le premier vers de cette épigramme fait voir que Martial entend parler de l’étude des Belles-Lettres.

Marcus amat nostras Antonius, Attice, musas.

Toulouse étoit encore considérable par sa magnificence ; car il y avoit un capitole. On y voyoit aussi un temple dans le voisinage, fameux par ses richesses