Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 2.djvu/231

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depuis, & quels sont les plus utiles pour l’intelligence des Ecritures.

La seconde section seroit divisée en autant de petits traités qu’il y a de livres dans l’Ecriture : on en feroit l’analyse & la critique ; on en éclairciroit l’histoire ; on donneroit des dissertations sur les auteurs, les tems précis, & la maniere dont ils ont écrit.

La troisieme section comprendroit trois questions : la premiere, des livres cités dans l’Ecriture ; on examineroit quels étoient ces livres, ce qu’ils pouvoient contenir, qui en étoient les auteurs, enfin tout ce que les preuves & les conjectures en pourroient indiquer : la seconde, des livres apocryphes qu’on a voulu faire passer pour canoniques, soit qu’ils subsistent encore, ou qu’ils ayent été perdus, soit qu’ils ayent été composés par des auteurs Chrétiens, ou des ennemis de la religion : la troisieme, des monumens qui ont rapport à l’Ecriture, comme les ouvrages de Philon, de Josephe, de Mercure Trismegiste, & de plusieurs autres ; tels sont aussi les oracles des sibylles, le symbole des apôtres, & leurs canons.

Tel seroit l’objet & la matiere de la premiere partie ; la seconde comprendroit huit traités : le premier seroit de la Géographie sacrée : le second, de l’origine & de la division des peuples ; ce seroit un beau commentaire sur le chapitre x. de la Genese : le troisieme, de la chronologie de l’Ecriture, où par conséquent on travailleroit à éclaircir l’ancienne chronologie des empires d’Egypte, d’Assyrie, & de Babylone, qui se trouve extremement mêlée avec celle des Hébreux : le quatrieme, de l’origine & de la propagation de l’idolatrie ; celui-ci ne seroit, ou je me trompe fort, ni le moins curieux, ni le moins philosophique, ni le moins savant : le cinquieme, de l’histoire naturelle relative à l’Ecriture, des pierres précieuses dont il y est fait mention, des animaux, des plantes, & autres productions ; on rechercheroit quels sont ceux de nos noms auxquels il faudroit rapporter ceux sous lesquels elles sont désignées : le sixieme, des poids, des mesures, & des monnoies qui ont été en usage chez les Hébreux, jusqu’au tems de Notre Seigneur, ou même après les apôtres : le septieme, des idiomes différens des langues principales, dans lesquels les livres saints ont été écrits ; des phrases poëtiques & proverbiales, des figures, des allusions, des paraboles : en un mot, de ce qui forme une bonne partie de l’obscurité des prophéties & des évangiles : le huitieme seroit un abrégé historique, qui exposeroit rapidement les différens états du peuple Hébreu jusqu’au tems des apôtres ; les différentes révolutions survenues dans son gouvernement, ses usages, ses opinions, sa politique, ses maximes.

Voilà une idée qui me paroît assez juste & assez étendue pour exciter un savant à la remplir. Tout ce qu’il diroit là-dessus ne seroit peut-être pas nouveau : mais ce seroit toûjours un travail estimable & utile au public, que de lui présenter dans un seul ouvrage complet, sous un même style, selon une méthode claire & uniforme, & avec un choix judicieux, des matériaux dispersés, & la plûpart inconnus, recueillis d’un grand nombre de savans.

Qu’il me soit permis de m’adresser ici à ceux qui n’ont pas de l’étendue de la Théologie, toute l’idée qu’ils en doivent avoir. Le plan que je viens de proposer a sans doute de quoi surprendre par la quantité de matieres qu’il comprend ; ce n’est pourtant qu’une introduction à la connoissance de la religion : le Théologien qui les possede ne se trouve encore qu’à la porte du grand édifice qu’il a à parcourir ; une seule these de licence contient toutes les questions dont je viens de parler. On se persuade faussement aujourd’hui qu’un Théologien n’est qu’un homme qui sait un peu mieux son catéchisme que les autres ; & sous prétexte qu’il y a des mysteres dans notre re-


ligion, on s’imagine que toute sorte de raisonnemens lui sont interdits. Je ne vois aucune science qui demande plus de pénétration, plus de justesse, plus de finesse, & plus de subtilité dans l’esprit, que la Théologie ; ses deux branches sent immenses, la scholastique & la morale ; elles renferment les questions les plus intéressantes. Un Théologien doit connoître les devoirs de tous les états ; c’est à lui à discerner les limites qui séparent ce qui est permis d’avec ce qui est défendu : lorsqu’il parle des devoirs de notre religion, son éloquence doit être un tonnerre qui foudroye nos passions, & en arrête le cours ; ou doit avoir cette douceur qui fait entrer imperceptiblement dans notre ame des vérités contraires à nos penchans. Quel respect & quelle vénération ne méritent pas de tels hommes ! Et qu’on ne croye pas qu’un Théologien, tel que je viens de le peindre, soit un être de raison. Il est sorti de la faculté de Théologie de Paris plusieurs de ces hommes rares. On lit dans ses fastes les noms célebres & à jamais respectables des Gersons, des Duperrons, des Richelieux, & des Bossuets. Elle ne cesse d’en produire d’autres pour la conservation des dogmes & de la morale du Christianisme. Les écrivains qui se sont échappés d’une maniere inconsidérée contre ce qui se passe sur les bancs de Théologie, méritent d’être dénoncés à cette faculté, & par elle au clergé de France : que pensera-t-il d’un trait lancé contre ce corps respectable, dans la continuation obscure d’un livre destiné toutefois à révéler aux nations la gloire de l’Eglise Gallicane, dont la faculté de Théologie est un des principaux ornemens ? Ce trait porte contre une these qui dure douze heures, & qu’on nomme Sorbonique : on y dit plus malignement qu’ingénieusement, que malgré sa longueur elle n’a jamais ruiné la santé de personne. Cette these ne tua point l’illustre Bossuet : mais elle alluma en lui les rayons de lumiere qui brillent dans ses ouvrages sur le mérite, sur la justification, & sur la grace. Elle ne se fait point, il est vrai, avec cet appareil qu’on remarque dans certains colléges : on y est plus occupé des bons argumens & des bonnes réponses, que de la pompe & de l’ostentation ; moyen sûr d’en imposer aux ignorans : on n’y voit personne posté pour arrêter le cours d’une bonne difficulté ; & ceux qui sont préposés pour y maintenir l’ordre, sont plus contens de voir celui qui soûtient un peu embarrassé sur une objection très forte qu’on lui propose, que de l’entendre répondre avec emphase à des minuties. Ce n’est point pour ébloüir le vulgaire que la faculté fait soûtenir des theses ; c’est pour constater le mérite de ceux qui aspirent à l’honneur d’être membres de son corps : aussi ne voit-on point qu’elle s’empresse à attirer une foule d’approbateurs ; tous les Licenciés y disputent indifféremment : c’est que ce sont des actes d’épreuve & non de vanité. Ce n’est point sur un ou deux traités qu’ils soûtiennent, les seuls qu’ils ayent appris dans leur vie ; leurs theses n’ont d’autres bornes que celles de la Théologie. Je sai que l’auteur pourra se défendre, en disant qu’il n’a rien avancé de lui-même ; qu’il n’a fait que rapporter ce qu’un autre avoit dit : mais excuseroit-il quelqu’un qui dans un livre rapporteroit tout ce qu’on a écrit de vrai ou de faux contre son corps ? Nous espérons que ceux à qui l’honneur de notre nation & de l’église de France est cher, nous sauront gré de cette espece de digression. Nous remplissons par-là un de nos principaux engagemens ; celui de chercher & de dire, autant qu’il est en nous, la vérité. Voyez Faculté, Licence, Théologie.

* BIBLIO, (Géog.) ville & château de Portugal, à peu de distance de Bragance.

BIBLIOGRAPHE, s. m. ce mot vient du Grec, & signifie une personne versée dans la connoissance