Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 6.djvu/132

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ration des liquides pendant le froid, imprimé avec ceux de l’académie royale des Sciences, année 1709, fut appellé, & lui sauva la vie en le faisant plonger dans un bain d’eau glacée.

On se sert encore de lavemens acres, & avec de la fumée de tabac ; mais on peut les négliger tant qu’il reste des signes de vie, & il ne faut y avoir recours que l’évanoüissement n’ait duré au moins un quart-d’heure. Riviere recommande la vapeur du pain chaud sortant du four. Les syncopes hypocondriaques & hystériques demandent des remedes fœtides, tels que le castoréum, le sagapénum, &c. La teinture de succin est utile dans les défaillances produites par l’agitation des nerfs.

C’est une maxime générale, qu’il ne faut jamais saigner dans l’évanoüissement actuel. On peut s’en écarter quelquefois, pourvû que le corps ne soit pas engourdi par le froid, & que le pouls ne soit pas entierement éteint ; lorsque le poumon a été resserré tout-à-coup par le froid, ou dilaté par une violente raréfaction, dans la pléthore, dans certaines épilepsies, dans des affections hystériques : mais ce remede ne doit être tenté qu’avec une extrème circonspection, & lorsque tous les autres sont inutiles.

Quand les malades ont recouvré l’usage de la déglutition, il faut leur faire avaler un trait d’excellent vin vieux, ou d’une eau aromatique & spiritueuse, telle que l’eau de cannelle, de mélisse, &c.

Dans la suppression des regles ou des vuidanges, il faut employer sagement les emménagogues, & ne pas user de stimulans trop forts, crainte de suffoquer la malade ; & dans les maladies aiguës il faut éviter ce qui dérangeroit l’opération de la nature, en excitant des purgations ou d’autres excrétions. Il faut se défier de la vertu cordiale qu’on donne à l’or, aux pierres précieuses, au bésoard oriental. Un verre de bon vin prévient les défaillances que la saignée produit dans les personnes trop sensibles. Quand le malade est parfaitement remis, il faut employer des remedes qui résolvent le sang disposé à se coaguler, qui pourroit causer des fievres inflammatoires.

Il faut arrêter l’évacuation des eaux des hydropiques, quand ils tombent en défaillance. Il faut aussi resserrer le ventre à mesure que les eaux s’écoulent quand on fait la paracentese dans le bas-ventre : il faut détourner du sommeil d’abord après les défaillances. La saignée est indispensable, quand le cœur & les gros vaisseaux sont embarrasses par la pléthore. Dans les corps affoiblis par les évacuations, il faut disposer le malade dans une situation horisontale ; le repos, de legeres frictions ; une nourriture aisée à digérer, animée par un peu de vin, suffisent pour le rétablir. Dans les épuisemens il faut prendre des bouillons de veau préparés au bain-marie, avec la rapure de corne de cerf, des tranches de citron, un peu de macis, & une partie de vin. Le vin vieux & le chocolat sont de bons restaurans. Lorsque le sang est disposé à former des concrétions, on peut faire usage de bouillons de vipere, de l’infusion de la racine d’esquine dans du petit-lait, &c. De petites saignées dans le commencement, une vie sage & réglée, un exercice moderé, conviennent dans le cas des varices & des anévrysmes. Les anévrysmes & les vices du cœur n’ont que des remedes palliatifs, quoique Lower donne la recette d’un cataplasme, dont l’application dissipa les symptomes que produisoient, dit-il, des vers engendrés dans le péricarde, & qui rongeoient le cœur. Dans les défaillances qui accompagnent les fievres putrides & malignes, on donnera les absorbans, les testacées, les cordiaux legers ; les eaux de chardon beni, de scordium. On tiendra les couloirs de l’urine & de la transpiration ouverts, le ventre libre : on aura recours aux vésicatoires & aux aromates tempérés. On peut donner séparément


dans les fievres colliquatives, les acides de citron, d’orange, de limon, le vinaigre & les absorbans ; les anodyns même sont quelquefois nécessaires. M. Chirac a fort vanté les émétiques & les purgatifs, indispensables dans beaucoup de cas ; mortels dans les épuisemens, plénitudes de sang, maladies du cœur, &c.

On connoît les remedes du scorbut, des poisons, des hémorrhagies. Pour calmer le desordre que les passions excitent, il faut joindre à la saignée des boissons chaudes & délayantes. Dans les blessures des membranes, des nerfs & des tendons, il faut dilater les membranes par de grandes incisions, couper les tendons & les nerfs, ou y éteindre le sentiment. Un auteur très-célebre ordonne la saignée dans les maladies hypocondriaques ; il veut encore que dans certaines épilepsies, dans des maux hystériques, on associe avec la saignée les remedes qui donnent des secousses aux nerfs. L’application de cette regle paroît très-délicate, & demande beaucoup de sagacité. Dans les super-purgations il faut donner le laudanum & du vin aromatisé chaud, pendant le jour, de la thériaque à l’entrée de la nuit. Il seroit dangereux de suivre des pratiques singulieres, & d’imiter, par exemple, dans toutes les syncopes qui viennent de la suppression des menstrues, Forestus & Faber, qui nous assûrent qu’une syncope de cette espece fut guérie par un vomitif.

Aretée a crû que dans les maladies du cœur l’ame s’épuroit, se fortifioit, & pouvoit lire dans l’avenir ; mais sans porter la crédulité si loin, on peut trouver un sujet de spéculation fort vaste dans la différente impression que l’évanoüissement fait sur les hommes. Il est des personnes que le sentiment de leur défaillance glace d’effroi, d’autres qui s’y livrent avec une espece de douceur. Montagne étoit de ces derniers, comme il nous l’apprend liv. II. de ses essais, ch. vj. Il est donc des hommes qui ne frémissent pas à la vûe de leur destruction ; M. Addison a pourtant supposé le contraire dans ces vers admirables de son Caton :

— Whence this secret dread and inward horror,
Of falling into nought ? Why shrinks the soul
Back on her self, and startles at destruction ?
’Tis the Divinity that stirs within us,
’Tis Heaven it self, that points out an hereafter,
And intimates eternity to Man.

Mais comment pouvons-nous craindre de tomber dans le néant (of falling into nought), si nous avons une conviction intime de notre immortalité (and intimates eternity to man) ? Il me paroît qu’il est inutile de chercher de nouvelles preuves de l’immortalité de l’ame, quand on ne doute point que ce ne soit une vérité révélée.

Je remarquerai en finissant, que M. Haller dans le commentaire qu’il a fait sur le methodus discendi medicinam de Boerhaave, à l’article de la Pathologie, indique un traité de Lipothymiâ, ou de la défaillance, par J. Evelyn, imprimé avec l’ouvrage de cet auteur sur les médailles anciennes & modernes. Mais M. Haller a été trompé ; c’est une digression sur la physionomie, qui fait partie du livre anglois d’Evelyn, imprimé à Londres, in-fol. en 1697. Cet article est de M. Barthés, docteur en Medecine de la faculté de Montpellier.

* EVANTES, s. f. (Hist. anc.) c’étoit des prêtresses de Bacchus : on les nommoit ainsi, parce qu’en célébrant les Orgies elles couroient comme si elles avoient perdu le sens, en criant Evan, Evan, ohé Evan. Voyez Bacchanales.

Ce mot vient de Εὐὰν, qui est un nom de Bacchus.

EVAPORATION, s. f. (Physiq. part. Aérologie.) Quoiqu’il y ait peu de mots qui ait chez les auteurs des acceptions plus variées que celui-ci, on peut