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fanterie depuis la paix, & successivement d’année en année, des instructions sur lesquelles les épreuves ont été faites des meilleurs moyens d’exercer les troupes, suivant que la derniere guerre en avoit fait sentir la nécessité, & suivant le génie de la nation : sur ces instructions les commandans des corps, après avoir pris l’avis des officiers, ont fait leurs observations, qui ont été examinées par le ministre de la guerre dans des assemblées d’officiers généraux ; & sur le compte qu’il en a rendu au Roi, il a plû à Sa Majesté rendre les ordonnances dont on vient de parler.

Ces ordonnances contiennent les titres suivans :

Cavalerie. Infanterie.
Des obligations des officiers, & de la maniere dont ils doivent saluer.

De l’école du cavalier.
Du maniement des armes à pié.
Du maniement des armes à cheval.
De l’inspection à pié.
De l’inspection à cheval.
Des maximes générales pour les manœuvres.
Des manœuvres pour une compagnie.
Des manœuvres pour un régiment.
Des manœuvres pour une troupe de cinquante maitres.
Des signaux.

Des obligations des officiers & de la maniere dont ils doivent porter les armes & en saluer, ainsi que les sergens.

De l’école du soldat.
De la formation & assemblée du bataillon.
Du maniement des armes.
De la marche.
Des manœuvres par rang & par file.
Des évolutions pour rompre & reformer les bataillons.
De la colonne.
De l’exercice du feu.
Des batteries, des tambours, & des signaux relatifs aux évolutions.
Des revûes.

Si nous surpassons les anciens en adresse, en agilité, il faut convenir qu’ils nous étoient bien supérieurs en force, puisqu’ils s’appliquoient sans cesse à la Gymnastique, & à fortifier leurs soldats.

On trouve ci-dessus, en abrégé, les différens exercices des Romains : pour ce qui est des Grecs, dont la Tactique d’Elien renferme tous les exercices, un officier fort savant nous en promet une traduction dans peu de tems avec des notes ; elle sera précédée d’un discours sur la milice des Grecs en genéral.

S’il est d’une indispensable nécessité que toutes les troupes en général soient constamment exercées aux différentes manœuvres de la guerre, on peut assûrer que cette loi oblige plus essentiellement la cavalerie que l’infanterie : non-seulement le cavalier doit savoir tout ce qu’on fait pratiquer au simple fantassin ; destiné à un genre de combat différent, il faut encore qu’il s’y forme avec la plus grande attention, & qu’il y forme en même tems son cheval : il faut qu’il apprenne à manier ce cheval, & à le conduire avec intelligence ; qu’il l’accoûtume à l’obéissance & à la docilité ; qu’il le dresse à un grand nombre de mouvemens particuliers ; que par des soins vigilans, il entretienne & augmente la force & la vigueur naturelle de cet animal, sa souplesse & sa legereté, & qu’il le rende capable de partager tous les sentimens dont il est lui-même tour-à-tour animé, soit à l’aspect de l’ennemi, soit au commencement du combat, soit dans la poursuite : il n’est rien de plus dangereux pour un cavalier, que de monter un cheval mal dressé : la perte de sa vie & de son honneur le punit très-souvent de sa négligence à cet égard.

La Grece divisée en autant de républiques qu’elle contenoit de villes un peu considérables, offroit autour de leur enceinte, le spectacle singulier & frappant d’une multitude d’habitans incessamment occupés à la lutte, au saut, au pugilat, à la course, au jeu du disque : ces exercices particuliers servoient de préparation à un exercice général de toute la nation, qui se renouvelloit tous les quatre ans en Elide (proche de la ville de Pise, autrement dite Olympie), & formoit la brillante solemnité des jeux olympiques. Si l’on refléchit sur le caractere des


personnages illustres, à qui l’on attribue le rétablissement de ces jeux, on verra qu’ils étoient purement politiques, & qu’ils avoient moins pour objet ou la religion ou l’amour des fêtes, que d’inspirer aux Grecs une utile activité, qui les tînt toûjours préparés à la guerre.

Les exercices dans lesquels il falloit exceller, pour entrer dans la carriere olympique, entretenoient le corps agile, souple, leger, & procuroient aux Grecs une vigueur & une adresse qui les rendoit supérieurs à leurs ennemis.

C’est dans la même vûe & pour les mêmes raisons, que furent institués les jeux pythiques. Les amphictions, les députés des principales villes de la Grece y présidoient, & regloient tout ce qui pouvoit contribuer à la sûreté & à la pompe de la fête.

Quant aux Romains, moins éloignés de nos tems, l’on sait que chacune de leurs immenses conquêtes a été le fruit de leurs exercices, & de l’attention qu’ils apportoient à former des soldats.

On accoûtumoit les soldats romains, comme on l’a dit plus haut, à faire vingt milles de chemin d’un pas ordinaire en cinq heures d’été, & d’un pas plus grand, vingt-quatre milles dans le même tems : ces pas comparés à ceux que prescrit la nouvelle ordonnance, leur sont égaux, suivant l’exacte supputation des heures, des milles, & des piés. Voyez Pas.

L’hyver comme l’été, les cavaliers romains étoient régulierement exercés tous les jours ; & lorsque la rigueur de la saison empêchoit qu’on ne pût le faire à l’air, ils avoient des endroits couverts, destinés à cet usage. On les dressoit à sauter sur des chevaux de bois, tantôt à droite, tantôt à gauche ; premierement sans armes, ensuite tout armés, & la lance ou l’épée à la main : après que les cavaliers s’étoient ainsi exercés seul à seul, ils montoient à cheval, & on les menoit à la promenade. Là on leur faisoit exécuter tous les mouvemens qui servent à attaquer & à poursuivre en ordre : si on leur montroit à plier, c’étoit pour leur apprendre à se reformer promptement, & à retourner à la charge avec la plus grande impétuosité. On les accoûtumoit à monter & à descendre rapidement par les lieux les plus roides & les plus escarpés, afin qu’ils ne pussent jamais se trouver arrêtés par aucune difficulté du terrein.

Enfin les exercices des Romains (au rapport de Josephe, liv. III. ch. vj.) ne différoient en rien des véritables combats : ils pouvoient, ajoûte-t-il, se nommer batailles non sanglantes, & leurs batailles des exercices sanglans.

L’histoire nous fait voir une des principales causes des succès d’Annibal, dans le relâchement où les Romains étoient tombés après la premiere guerre punique.

Vingt ans de négligence ou d’interruption dans leurs exercices ordinaires, les avoient tellement énervés & rendus si peu propres aux manœuvres de la guerre, qu’ils ne purent tenir contre les Carthaginois, & qu’ils furent défaits autant de fois qu’ils oserent paroître devant eux en bataille rangée : ce ne fut que par l’usage des armes qu’ils sortirent peu-à-peu de l’état de foiblesse & d’abattement où les avoit réduits le mauvais emploi qu’ils avoient fait du repos de la paix : de sages généraux firent revivre dans les légions l’esprit romain, en y rétablissant l’ancienne discipline & l’habitude des exercices : alors leur courage se ranima ; & l’expérience leur ayant donné de nouvelles forces, d’abord ils arrêterent les progrès rapides de l’ennemi, ensuite ils balancerent ses succès, enfin ils en devinrent les vainqueurs. Scipion fut un de ceux qui contribua davantage à un si prompt changement : il ne croyoit pas qu’il y eût de meilleur moyen pour assûrer la victoire à ses troupes, que de les exercer sans relâche. C’est dans cette