Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 8.djvu/202

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6°. Quoique je n’aye pas expliqué toutes les inconséquences apparentes de la loi qui condamne l’hiatus & qui en laisse pourtant subsister un grand nombre dans toutes les langues, j’ai cru néanmoins pouvoir joindre mes remarques à celles de M. Harduin : peut-être que la combinaison des unes avec les autres pourra servir quelque jour à les concilier & à faire disparoître les prétendues contradictions du système de prononciation dont il s’agit ici. En général, on doit se défier beaucoup des exceptions à une loi qui paroît universelle & fondée en nature : souvent on ne la croit violée, que parce que l’on n’en connoît pas les motifs, les causes, les relations, les degrés de subordination à d’autres lois plus générales ou plus essentielles. Eh, sans sortir des matieres grammaticales, combien de regles contradictoires & d’exceptions aujourd’hui ridicules, qui remplissent les anciens livres élémentaires & plusieurs des modernes, & qu’une analyse exacte & approfondie ramene sans embarras à un petit nombre de principes également solides, lumineux & féconds ! (B. E. R. M.)

* HIBERLINE, s. f. (Manufact. en soie.) étoffe dont la chaîne & la trame sont de fleuret. Voyez Chaine, Trame & Fleuret. On s’en sert dans les manufactures de tapisseries. Voyez Tapisserie.

HIBERNIE, Pierre d’, s. f. (Hist. nat. Lithologie.) Quelques auteurs anglois nomment lapis hibernicus, ou tegula hibernica, une espece d’ardoise grossiere qui se trouve en Irlande & en Angleterre, dans la province de Sommerset. On en fait usage avec succès dans différentes especes de fievres, & cette pierre est fort astringente étant mêlée avec une quantité assez considérable d’alun. Voyez hill’s natural history of fossils.

HIBLA, (Géogr. anc.) Il y avoit trois villes de ce nom en Sicile, selon Etienne le géographe, qui les distingue par les surnoms de grande, moindre & petite. Hibla major, ou Hibla la grande, étoit située assez près, & au midi du mont Etna, vers l’endroit où est la Motta di sancta Anastasia. Hibla minor, ou Hibla la moindre, étoit dans les terres de la partie méridionale de la Sicile ; on la nommoit aussi Heræa. Cluvier met cette Hibla à Ragusa ; ses ruines doivent se trouver entre la Vittoria & Chiaramonte. Hibla parva, ou Hibla la petite, étoit une ville maritime de Sicile, sur la côte orientale ; on la nommoit le plus souvent Mégare. De-là vient que le golfe, au midi duquel elle est située, prenoit le nom de Megarensis sinus : ses ruines sont entre les deux ruisseaux nommés Cantaro fiume, & fiume san Cosmano. C’est dans cette derniere Hibla que l’on recueilloit le meilleur miel, selon Servius, sur ce vers de Virgile, eclog. 1. v. 55.

Hiblæis apibus florem depasta salicti.


(D. J.)

HIBOU ou CHAT-HUANT, alecco minor, s. m. (Hist. natur. Ornitholog.) Aldrov. oiseau de proie qui ne sort de sa retraite que la nuit. Ce hibou mâle, décrit par Willughbi, pesoit près de douze onces ; l’envergure étoit d’environ trois piés ; le bec avoit un pouce & demi de longueur, il étoit blanc & crochu. Cet oiseau avoit des plumes blanches, douces au toucher, & disposées de façon qu’elles formoient une sorte de coëffure qui s’étendoit de chaque côté de la tête depuis les narines jusqu’au menton ; derriere ces plumes, il s’en trouvoit d’autres plus fermes & de couleur jaunâtre ; les yeux étoient enfoncés au milieu de toutes ses plumes qui s’élevoient tout autour ; la poitrine, le ventre & le dessous des aîles étoient blancs & parsemés de quelques taches brunes ; la tête, le cou & le dos avoient du roux, du blanc & du noir ou noirâtre qui formoient des


lignes & des taches. Il y avoit dans chaque aîle vingt-quatre grandes plumes qui étoient roussâtres & ponctuées de noir, les plus grandes avoient quatre taches brunes, & les plus petites seulement trois ; les aîles étant pliées, s’étendoient jusqu’au bout de la queue, & même au-delà. La queue avoit quatre pouces & demi de longueur ; elle étoit composée de douze plumes de même couleur que les aîles, elles avoient quatre taches brunes transversales ; le bord extérieur de ces plumes & de celles des aîles étoit blanchâtre. Les jambes étoient couvertes de duvet jusqu’aux piés ; les doigts n’avoient que quelques poils ; le bord intérieur du doigt du milieu étoit dentelé, le doigt extérieur pouvoit se diriger en arriere comme le postérieur. Les œufs de cet oiseau sont blancs. Willughbi, Ornith. Voyez Oiseau.

Hibou cornu, otus sive noctua, asio, oiseau de proie ; Willughbi a donné la description d’une femelle de cette espece d’oiseau qui pesoit dix onces. Elle avoit environ quatorze pouces de longueur depuis l’extrémité du bec jusqu’au bout de la queue, & trois piés d’envergure. Le bec étoit noir. Un double cercle de plumes entouroit la face de cet oiseau comme celle du hibou, (voyez Hibou) ; les plumes du cercle extérieur avoient de petites lignes noires, blanches & rousses ; les plumes du cercle intérieur étoient rousses au-dessous des yeux, l’endroit où les deux cercles se touchoient étoit noirâtre ; les plumes du ventre & des piés avoient une couleur rousse ; les plumes de la poitrine étoient noires, & avoient les bords en partie blancs & en partie jaunes. Le dessous des aîles étoit roux, & le dessus avoit une couleur mêlée de noir, de cendré & de jaune Le dos étoit de même couleur que les aîles. Il y avoit sur la tête deux bouquets de plumes en forme de cornes ou d’oreilles longues d’un pouce ; chaque bouquet étoit composé de six plumes, dont le milieu étoit noir ; le bord extérieur avoit une couleur rousse, & l’intérieur étoit mêlé de blanc & de brun. La queue avoit six ou sept bandes noires & étroites ; le fond qui séparoit ces taches étoit de couleur cendrée sur la face supérieure des plumes, & jaune sur l’inférieure. Les grandes plumes des aîles avoient à peu-près les mêmes couleurs que celles de la queue. Les piés étoient couverts de duvet jusqu’aux ongles, qui avoient une couleur noirâtre. Le bord intérieur du doigt du milieu étoit applati & tranchant ; le doigt extérieur pouvoit s’étendre en arriere. Willughbi, Ornith. Voyez Oiseau.

Ajoûtons d’après M. Petit le medecin (mémoires de l’acad. des Sc. an. 1736.) des particularités assez curieuses sur quelques parties de l’œil du hibou.

Il y a au fond de l’œil de cet oiseau de nuit une cloison qui sépare les deux yeux ; elle n’a guere qu’un quart de ligne d’épaisseur, & est entierement osseuse, en quoi elle differe de celle du coq-d’Inde.

Dans les hibous vivans, on ne peut appercevoir aucun mouvement dans le globe de l’œil. Severinus a fait la même remarque : cet oiseau, dit-il, ne remue que les paupieres, & voilà ce que cet auteur dit de meilleur ; car la description & la figure qu’il donne des yeux du hibou ne valent rien.

Le plus grand mouvement est dans la paupiere supérieure ; on la voit ordinairement se mouvoir toute seule & lentement ; elle s’abaisse jusqu’à la paupiere inférieure, à une ligne ou environ de distance, & pour lors on voit une membrane blanchâtre qui sort obliquement de dessous la paupiere supérieure, & qui acheve de recouvrir l’œil ; c’est la troisieme paupiere qui s’abaisse ordinairement avec la paupiere supérieure.

L’on a toujours crû que la paupiere supérieure des oiseaux ne se baissoit point, excepté celle de l’autruche, & qu’il n’y avoit que la paupiere infé-