Page:Doin - Trois pièces comiques propres à être jouées dans les collèges, maisons d'éducation, 1871.djvu/35

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réserve… un p’tit peu d’son vin d’madère… ou ben encore… mettons que j’casse quéqu’douzaines d’assiettes par mois !… Ça valait y la peine de m’chanter une gamme aussi longue que ça ?… surtout, quand c’est pour des peccadiles ? pouah !… c’est p’tit, c’est mesquin d’la part de mon maître… ma parole, j’en ai honte pour lui… Mais faut y pardonner, le vlà un peu sus l’âge… oui j’y pardonne… d’ailleurs, j’sis tant soit peu philosophique, comme dit l’maitre d’École… oui, mais malgré ma phibolojophie, j’crois que j’mangerais ben un tout p’tit morceau sur l’pouce… Tiens… tiens… mais pourquoi pas ? y a place à la table… j’suis seul… j’suis mon maître… agissons… Mr. Plumet a laissé encore un peu d’vin d’dessert, tartes, fromage… allons mon Jocrisse, fais comme chez vous, sans cérémonie (il se met à table, mange gloutonnement, boit, parle la bouche pleine, jeu de l’acteur) ah ! ça va m’donner du cœur au travail… Mais c’est qu’cest bon toutes ces p’tites friandises là… Voyons un coup de dessert et mettons nous au travail !… (il arrange les assiettes, en met une ou deux sur le buffet et tout en parlant il s’appuie sur la table et tombe avec elle Ah !… Ah ! — Ah !… Sapristi… eh ! ben… j’vous demande un peu… en vlà un commencement… mais un commencement terriblement terrible !… J’crois ma parole qu’alle est cassée… oui… et même assez ben cassée… Ma parole… c’est guignolant… ça m’étonne pas, la nuit dernière j’ai fait qu’réver aux chauves-souris et quand j’rêve à ces animales là, y m’arrive toujours queuqu’machineries mauvaises !… Enfin, qu’voulez vous… C’est fait… Quand j’men arracherais tous les boutons d’ma veste, c’est pas ça qui la r’mettra sur son équilibre… faut s’consoler et voir à autre chose… (il regarde) ah !… la p’tile volaille… (il va à la cage et passe son doigt à travers le grillage) Bonjour, Cocotte… dites bonjour à p’tit Jocrisse… à p’tit maître à vous… Baisez p’tit maître (il avance son nez près de la cage) Ah ! satanée Coquine !… tu m’pinces le nez… après les soins paternels que j’prends de toi, tu mériterais que j’te tordre le cou !… heu ! la vilaine !… allez vous en. Mademoiselle, allez vous en… p’tit Jocrisse n’vous donnera plus l’sucre de papa Plumet, je l’mangerai tout seul !… entendez vous ?…C’est égal, faut toujours que j’y arrange son appartement (il ouvre la rage, en tire une planchette, qu’il vient râcler sur le devant de la scène.) Si j’peux réussir à contenter Mr. Plumet, tout ira bien, mon cousin Laflûte s’ra ici, ça m’fera une aide… oh ! ben… y a la table, mais ma foi, y passera par dessus… parceque