Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/127

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ABRÉGÉ DE LA MISSION DE KENTÉ.

espérant qu’après l’instruction qu’il lui va faire, il lui fera présent d’une prune, de 2 ou 3 grains de raisin, ou d’un petit morceau de sucre gros comme une noix.

Nous avons eu de temps en temps des adultes que Dieu a tellement touchés dans leurs maladies, qu’après avoir reçu le Baptême, ils sont morts entre nos mains avec d’admirables sentiments de douleurs pour leurs péchés passés. On il est à remarquer que les sauvages n’ayant pas reçu comme nous cette grande grâce de l’éducation chrétienne, ils ne sont pas en récompense punis comme nous à la mort de ce grand endurcissement qui se trouve ordinairement en nous pour lors, quand nous avons mal vécu ; au contraire, d’abord que les gens sont abattus du mal et par ce moyen plus en état de réfléchir sur le peu qu’est cette vie et sur la grandeur de celui qui est aussi le maître de nos jours, si la providence dans ce temps le met entre les mains d’un missionnaire, communément il meurt dans les apparences d’un grand regret de tout le passé. Il faut que je rapporte un exemple qui est arrivé cette année sur ce sujet, aussi bien y a-t-il quelque chose d’extraordinaire qui mérite bien d’être mis au jour. Un sauvage un peu éloigné de nous et qui ne souciait guère d’en approcher parcequ’il ne faisait pas grand estime de la religion, fut saisi cet hiver d’une maladie languissante et à la fin l’a conduit au tombeau ; longtemps avant son décès, il rêva dans son sommeil qu’il voyait une belle grande maison à Kenté toute remplie de missionnaires et qu’un jeune d’entre eux le baptisait ce qui l’empêchait d’aller brûler en un feu et le mettait en état d’aller au ciel ; aussitôt qu’il fut réveillé, il envoya à Kenté chercher un prêtre par sa femme pour le baptiser. M. d’Urfé ayant vu cette femme alla voir ce que c’était, le malade lui ayant dit la chose comme je viens de rapporter, il se mit à l’instruire fortement, ce que le malade écoutait avec une grande attention ; après cela, M. d’Urfé me vint trouver et j’y allais à mon tour, près de trois mois durant, nous lui fîmes successivement tous deux nos visites, toujours ce malade nous écoutait avec des oreilles si avides que nous étions extrêmement touchés en l’instruisant, ce n’étaient que des regrets du péché, des déplaisirs d’avoir offensé Dieu et des soupirs pour son service, incessamment il nous demandait le baptême afin d’être en état d’aller voir son Créateur, mais toujours nous différions de lui conférer ce sacrement, soit à cause des avantages que le malade tirait de ses fervents désirs pour la préparation à recevoir ce sacrement ; enfin après beaucoup d’importunités sur le même sujet, nous lui avons accordé ses souhaits lorsque nous avons vu qu’il était temps de le faire, et depuis avoir été lavé de cette eau salutaire, ayant édifié un chacun de ceux qui le voyaient