Page:Dolomieu - Mémoire sur les tremblemens de terre de la Calabre.djvu/12

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vivent a cette cataſtrophe preſque générale, tentent en vain de le rétirer du milieu des débris entaſsés ſur ſa tête ; ſa voix, ſes cris arrivent juſqu’à eux ; l’immenſité des ruines reſiſte a leurs efforts, & les empêche de pénétrer juſqu’à lui 12.1. ils ne peuvent

lui



femme, dans le bourg de cinque frondi, fut retrouvée vive le ſeptieme jour. Deux enfans qu’elle avoit auprès d’elle y etoient morts de faim & etoient déjà en putréfaction. L’un d’eux appuyé ſur la cuiſſe de ſa mere y avoient occaſioné un putréfaction ſemblable. Beaucoup d’autres perſonnes ſont reſtées 3 , 4 & 5 jours enſevelies ; je les ai vu, je leur ai parlé & je leur ai fait exprimer ce qu’elles penſoient dans ces affreux momens. De tous les maux phyſiques, celui dont elles ſouffroient le plus, étoit la ſoif. Le premier beſoin, que témoignèrent auſſi les animaux retirés du milieu des ruines, après un jeune qui eſt allé, quelque fois, juſqu’à plus de 50 jours, fut de boire ; ils ne pouvoient s’en raſſaſier. Pluſieurs perſonnes, enterrées vives, ſupporterent leur malheur avec une fermeté, dont il n’y a pas d’exemple. Je ne crois même pas, que la nature humaine en ſoit capable, ſans un engourdiſſement preſque total dans les facultés intellectuelles. Une femme d’opido, agée de 19 ans, & jolie, etoit pour lors au terme de ſa groſſeſſe, elle resta plus de trente heures ſous les ruines , elle en fut retirée par ſon mari, & accoucha peu d’heures apres, auſſi heureuſement que ſi elle n’eut éprouvé aucun malheur. Je fus accueilli dans ſa baraque, & parmi beaucoup de questions, je lui demandai ce qu’elle penſoit pour lors… J’Attendois, me répondit-elle.

12.1. Il eſt arrivé dans pluſieurs Villes, que des parens & des ſerviteurs fideles, allant chercher, au milieu des ruines, les perſonnes qui leur étoient cheres, entendoient leurs cris, reconnoiſſoient leurs voix, étoient certains du lieu ou ils étoient enſevelis, & ſe voyoient dans l’impuiſſance de les ſecourir. Les débris entaſſés réſiſtoient a leurs foibles mains, & s’oppoſoient aux efforts de leur zéle, & de leur tendreſſe. C’eſt en vain qu’ils reclamoient des ſecours étrangers ; leurs cris, leurs ſanglots n’interreſſoient perſonne. Couchés ſur les ruines, on les a vu reduits a invoquer la mort, pour délivrer leurs parens des horreurs de leur ſituation, & l’appeller pour eux même, comme l’unique conſola-

tion