Page:Drumont - La France Juive édition populaire, Palmé 1885.djvu/571

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cassée ; sur une tablette de bois blanc, quelques prospectus d’ouvrages religieux. Le malheureux n’avait même pas de quoi acheter des livres de piété.

Toute cette maison, avec ses escaliers de pierre aux marches branlantes, ses murailles effritées, offrait l’image de la misère. Dans les cuisines, vous savez, ces cuisines de moines où les écrivains juifs font préparer des repas succulents et dignes du chef de Rothschild, il y avait pour toute provision un boisseau de pommes de terre germées.

Je revins encore dire un Pater et un Ave près de la couchette du vieillard, qui semblait dormir d’un sommeil enfantin, et involontairement je pensais à Freycinet. Il y avait plus d’un point de ressemblance entre ce petit vieux et le sénateur que l’on aperçoit avec sa tète de souris, sa mine fûtée, glissant à travers les groupes du Sénat. Je songeais que lui aussi serait couché quelque jour dans une bière, un peu plus soignée sans doute, et à la mémoire me revenait la parole que dit saint Marianus au proconsul qui assistait dans la prison à son dernier repas : « Regarde-moi bien, pour me reconnaître au jugement dernier. »

Pourquoi penser à Freycinet plutôt qu’à un autre ? me direz-vous : s’il a signé les décrets, ce qu’on oublie un peu trop, s’il les a présentés à la Chambre, il s’est retiré au dernier moment. Mon Dieu ! si je pensais à Freycinet, c’est simplement parce qu’il n’est pas voleur. Les républicains vous disent, — et cette franchise les honore : — Nous reconnaissons que nos hommes d’État sont tous des concussionnaires et des filous, mais il y a une exception : Freycinet.

C’est précisément cette intégrité privée qui fait de Freycinet un personnage représentatif, lui aussi, et comme l’incarnation d’une certaine situation d’esprit