Page:Du Bellay - L'olive augmentee depuis la premiere edition, 1550.djvu/58

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Vous, qui aux bois, aux fleuves, aux campaignes,
A cri, à cor, et à course hative
Suyvez des cerfz la trace fugitive,
Avec’ Diane, et les Nymphes compaignes,
Et toy ô Dieu ! qui mon rivage baignes,
As-tu point veu une Nymphe craintive,
Qui va menant ma liberté captive
Par les sommez des plus haultes montaignes ?
Helas enfans ! si le sort malheureux
Vous monstre à nu sa cruelle beauté,
Que telle ardeur longuement ne vous tienne.
Trop fut celuy chasseur avantureux,
Qui de ses chiens sentit la cruauté,
Pour avoir veu la chaste Cyntienne.
  
LXXXIII
Déjà la nuit en son parc amassoit
Un grand troupeau d’etoiles vagabondes,
Et pour entrer aux cavernes profondes
Fuyant le jour, ses noirs chevaulx chassoit.
Dejà le ciel aux Indes rougissoit,
Et l’Aulbe encor’ de ses tresses tant blondes
Faisant gresler mile perlettes rondes,
De ses thesors les prez enrichissoit.
Quand d’occident, comme une etoile vive,
Je vy sortir dessus ta verde rive
O fleuve mien ! une Nymphe en rient.
Alors voyant cete nouvelle Aurore,
Le jour honteux d’un double teint colore
Et l’Angevin, et l’Indique orient.