Page:Du Camp - Paris, tome 3.djvu/26

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gravit avec peine, à travers des difficultés de toute sorte ; aussi ils les appellent des berges, du mot allemand berg, qui signifie montagne. Parfois l’énergie du mot créé de toutes pièces, sans antécédents, pour répondre à un fait accidentel, est terrible : les chauffeurs étaient surnommés suageurs, ceux qui font suer. Souvent c’est un mot comparatif si juste, si précis, qu’on en reste étonné : l’huile, c’est le soupçon ; judasser, c’est dénoncer quelqu’un en faisant semblant d’être son ami. Ce qui prouve que leur forfanterie n’est pas toujours bien réelle et qu’ils ont des heures où le remords travaille leur conscience, c’est que lorsqu’un voleur redevient honnête homme, on dit de lui qu’il s’est rengracié, qu’il est rentré dans sa propre grâce. Ils ont une idée très-nette de la cour d’assises, des efforts que tout le monde y fait, jurés, ministère public, juges, avocats, pour découvrir la vérité et pour appliquer la loi avec équité, car, lorsqu’ils en parlent, ils disent : la juste.

Le plus souvent l’expression est assez spirituelle et fait image : balancer le chiffon rouge, parler ; le four banal, l’omnibus ; la harpe, c’est l’armure de fer qui garnit les fenêtres des prisons. Quand on scie les barreaux, on joue de la harpe : l’expression n’est pas neuve ; dans la satire de Cascarette, le sieur de Sygognes dit, en parlant d’un voleur :

Clepton de Bœsme effronté
Cogneu par sa subtilité.
Habile joueur de la harpe.

Une négresse est un paquet de marchandises enveloppé de toile cirée ; sans-dos est un tabouret, celui sur lequel le condamné s’assoit lorsqu’on lui fait la toilette ; les batteurs de dig-dig sont ces industriels que le moyen âge appelait sabouleux, qui, avec un morceau de savon dans la bouche, écument et se roulent par terre