Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/132

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sormais il serait sage d’obéir. Faut-il procéder par annuités ? faut-il au contraire avoir le courage de faire une large dépense immédiate ? c’est ce que les pouvoirs publics auront à décider. Qu’ils sachent bien seulement qu’ils se trouvent en présence d’une vieille construction qui se lézarde, qui menace de s’écrouler, qui ne tient plus qu’à force d’étançons, et qu’il est urgent de la reprendre depuis les fondations jusqu’au faitage.

Dans cette grosse question, j’ai peur qu’on ne sacrifie l’enseignement supérieur à l’enseignement primaire, et qu’on ne lâche la proie pour l’ombre. Il en est de l’instruction comme des pluies fécondantes, elle tombe de haut et ne remonte jamais. Après Iéna, lorsque la Prusse n’existait réellement plus, elle n’alla pas chercher des maîtres d’école ; elle fit venir Fichte, et lorsqu’elle vit que le grand philosophe acceptait la direction de l’enseignement supérieur, elle se crut sauvée, et elle l’était.

La solution du problème se pose aujourd’hui devant la France avec une énergie redoutable ; tous ceux qui par fonction ont la main à la manœuvre sont pleins d’ardeur ; ils sentent très-nettement que c’est affaire de vie ou de mort, et ils sont prêts ; partout j’ai constaté, à tous les degrés de l’échelle, un élan sérieux et réfléchi ; ils savent parfaitement que notre pays va livrer sur ce terrain-là sa suprême bataille, celle dont on sort réellement régénéré ou vaincu pour toujours ; ils ne doutent pas de la victoire ; mais leur donnera-t-on les moyens de la remporter et comprendra-t-on, comme disent les bonnes gens, qu’il faut se saigner aux quatre membres ?

Ne retombons pas dans les fautes que nous avons commises et que nous expions si rudement. Lorsque en 1867 on a discuté la loi militaire présentée par le maréchal Niel, il n’a pas manqué de gens très-autorisés qui di-