Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/211

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petits compagnons « piétinait » les soufflets, et j’ai été émerveillé de ce que j’ai entendu. Un de ces virtuoses prenait évidemment un plaisir extrême à l’harmonie qui jaillissait sous ses doigts et montait autour de nous ; c’était un grand garçon blond et pâle dont les gros yeux blancs restaient immobiles. Je le regardais ; à certains accents de l’orgue, à ces notes plaintives qui ressemblent aux lamentations de la voix humaine, un nuage rose passait sur sa face et un léger frémissement agitait ses lèvres. Celui-là est un artiste, et, si jamais il est placé au buffet d’orgues d’une cathédrale, il ravira les foules. Évidemment, chez lui tout se formule en symphonie, il chante son rêve : ne sait-on pas qu’il faut crever les yeux aux rossignols pour en faire d’incomparables chanteurs ?

On enseigne à ces enfants toutes les ressources et tous les secrets de la composition ; ceux dont l’imagination stérile reste fermée à la génération des mélodies, deviennent accordeurs de pianos, et acquièrent dans cet art, que l’on dit assez difficile à bien pratiquer, une habileté sans pareille. Ils sont extraordinaires d’adresse et de précision : c’est à croire que les yeux sont inutiles pour une œuvre semblable. Ils rattachent une corde, remplacent un marteau, manient la clef avec une habileté qui remplit d’étonnement, et c’est en les voyant que j’ai compris ce mot d’un chanteur célèbre : « Les aveugles sont les premiers accordeurs du monde. » La finesse de leur ouïe les aide singulièrement et leur permet d’arriver au ton absolument juste.

Le public est parfois appelé à juger de la valeur de l’enseignement musical distribué à l’Institution. On y donne des concerts qui ont une réelle valeur. Dans la chapelle, dont le sanctuaire est voilé par de larges rideaux, on réunit les invités ; les enfants sont placés sur une estrade, les garçons d’un côté, les filles de l’au-