Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/212

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tre. J’ai assisté à l’une de ces fêtes ; l’impression est triste : c’est l’infirmité qui domine ; ces faces immobiles et sans regard sont douloureuses à contempler. La sensation s’efface promptement, et l’on reste étonné de l’ensemble des exécutions difficiles. Il n’y a pas une hésitation dans la rentrée des parties secondaires, pas une note douteuse. Le chef d’orchestre conduit en sourdine, et le bruit de sa spatule ne parvient même pas à l’oreille des auditeurs. Plusieurs anciens élèves, actuellement professeurs à l’Institution, ont fait entendre des compositions remarquables, à la fois sérieuses et très-mélodiques. Lorsque les filles se lèvent pour chanter, tous les garçons penchent la tête de leur côté comme pour mieux écouter « les jolis sons » qu’ils vont entendre. La partie vocale est la moins irréprochable, par la simple raison que ces enfants sont trop jeunes et qu’ils n’ont point encore la voix formée. Au reste, on ne néglige rien pour développer en eux le goût et la science de la musique ; ils ont leur loge au Conservatoire, des places à l’Opéra-Comique, des sièges réservés aux concerts du Grand-Hôtel. L’Opéra, qui les accueillait autrefois, leur a fermé ses portes : la grosse subvention qu’il reçoit devrait cependant l’engager à être moins inhospitalier pour des enfants infirmes à qui l’audition de la musique est une joie exquise et un très-utile enseignement. L’excellence des études musicales de l’institution se démontre par ce fait, que depuis vingt ans les jeunes aveugles ont obtenu cinq prix et treize accessits aux concours du Conservatoire[1].

  1. Les mérites généraux de l’institution ont été reconnus et récompensés aux Expositions de l’industrie : médailles de bronze en 1823, 1827, 1834 ; médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris, 1855 ; grande médaille à l’Exposition universelle de Londres, 1862 ; médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris, 1867. De plus à la même exposition : mention honorable à M. Levitte ; médaille d’argent à mademoiselle Maria Cailhe, à M. Siou, à M. Guadet, professeurs à l’Institution.