Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/271

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terait singulièrement son revenu. Actuellement, et en attendant que la Vanne nous ait apporté un contingent de 100 millions de litres, Paris dispose d’un volume d’eau qui varie d’un maximun de 150 litres à une moyenne de 74 litres par tête, pour une population évaluée en chiffres ronds à 1 800 000 âmes.

C’est beaucoup, si nous nous reportons seulement à une centaine d’années en arrière ; c’est suffisant, si l’on ne tient compte que des exigences indispensables de la vie privée et de la vie urbaine ; c’est peu, si l’on réfléchit que l’eau est un instrument de salubrité et de bien-être que l’on ne saurait prodiguer trop abondamment dans les grandes villes ; c’est presque dérisoire, si l’on se souvient de l’antiquité. Sous Nerva, Rome comptait un million d’habitants et pouvait recevoir de 800 000 à 900 000 mètres cubes en vingt-quatre heures, — prés d’un milliard de litres, plus de 800 par tête, c’est-à-dire presque dix fois plus que notre part actuelle ; mais nous n’en resterons pas là. Les embellissements de Paris et l’hygiène réclament l’eau et l’exigent. Un jour viendra où l’on ne la ménagera pas et où elle pourra couler sans interruption, comme une source intarissable.

Le 10 avril 1806, Napoléon écrivait : « Il est honteux qu’on vende de l’eau aux fontaines de Paris… Le but auquel je veux arriver est que les cinquante fontaines actuelles coulent jour et nuit, depuis le 1er mai prochain, qu’on cesse d’y vendre de l’eau et que chacun puisse en prendre autant qu’il en veut[1]. » C’est là une idée juste, et quoique depuis l’époque où l’empereur parlait ainsi à son ministre Crétet, Paris ait vu tripler sa population et reculer ses vieilles limites, il faut espérer que, dans un avenir plus ou moins rapproché, la capitale de la

  1. Correspondance, t. XII, p. 265. « Cinquante fontaines, » c’est là un chiffre approximatif, car, dès 1760, Paris comptait soixante-trois fontaines publiques ; en voir le dénombrement et l’emplacement dans : État ou tableau de la ville de Paris, M.DCC.LX, p. 26.