Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/285

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était telle qu’on n’avait plus de suif pour faire les chandelles ; on avait du reste augmenté un peu le temps d’éclairage fixé par l’arrêt du 23 mai 1671, On enlevait les lanternes au mois d’avril, on les remisait dans les magasins de la prévôté, et dès le 1er septembre on les remettait en place. Dans la nuit du 27 au 28 août 1715, Louis XIV, qui touchait à sa fin, fut si mal qu’on crut qu’il allait trépasser. Le duc d’Orléans envoya un courrier à d’Argenson pour lui donner l’ordre de faire immédiatement poser et allumer les lanternes, dans le cas où le dauphin serait obligé de traverser Paris pour se rendre à Vincennes, « à quoi les vitriers travaillèrent sans relâche, dit Buvat, — à qui j’emprunte l’anecdote, — parce qu’elles ne devaient être posées que les premiers jours de septembre. » Quatre ans après, on fut obligé de les renouveler, car un ouragan tellement violent s’abattit sur Paris pendant la nuit de 16 au 17 janvier 1719, que presque toutes les lanternes furent brisées ; « les branches de fer qui les soutenaient, sur le pont Neuf, dit le même Buvat, en furent courbées et même rompues, quoiqu’elles eussent trois pouces en carré de grosseur. »

Ce genre d’éclairage était bien insuffisant, et plus de la moitié des rues restait dans l’ombre ; Sterne le constate dans le livre charmant que tout le monde a lu. Il est venu deux fois en France : en 1762 d’abord, puis en 1764; il a raconté sa seconde visite dans le Voyage sentimental. Depuis le 19 avril 1763, la troupe de l’Opéra-Comique avait quitté la foire Saint-Germain pour se réunir aux Italiens, qui donnaient leurs représentations rue Mauconseil, à l’hôtel de Bourgogne. C’était un théâtre très-fréquenté : tout Paris, comme l’on disait déjà, y courait pour voir les Trois sultanes. Il est donc probable que les alentours étaient éclairés avec quelque soin et qu’on avait pris des précautions pour en rendre les