Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/284

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la lanterne et d’allumer les chandelles, qui réglementairement devaient brûler jusqu’à deux heures du matin.

Jusqu’alors la bourgeoisie parisienne avait fourni aux frais nécessités par le nettoiement et l’éclairage des rues à l’aide d’une taxe consentie qui s’élevait annuellement à la somme de 300 000 livres ; mais en 1704, à l’heure la plus ardente de la guerre de Succession, Louis XIV eut besoin d’argent, et, quoiqu’on fût encore bien loin du traité d’Utrecht, il en demanda sous prétexte de donner la paix à ses peuples, tout en déclarant qu’il offrait « un moyen qui pouvait donner des fonds commodes pour les besoins de la guerre ». Le « moyen » qu’il proposa aux Parisiens est fort simple. Il leur permit de racheter la taxe des 300 000 livres au denier 18, c’est-à-dire pour 5 400 000 livres, somme énorme si l’on a égard au temps. Entre la royauté et Paris fut conclu en réalité ce que les hommes de loi nomment un contrat synallagmatique et bilatéral, car par l’édit du 1er janvier, « perpétuel et irrévocable, » la royauté s’engageait à nettoyer et à éclairer la ville à ses propres frais, moyennant un capital déterminé une fois versé. Les bourgeois propriétaires reçurent l’autorisation de faire payer la taxe à leurs locataires, afin de recouvrer de cette façon l’intérêt de l’argent qu’ils avaient remis au roi, mais il est fort douteux qu’ils aient pu en profiter. Si, comme il en a été question, l’État voulait frapper les habitants d’une imposition sur l’éclairage public, il serait intéressant de remonter aux origines et de se demander si le traité intervenu entre Louis XIV et les Parisiens n’a plus aucune valeur aujourd’hui, malgré le caractère de perpétuité dont il fut revêtu et qui en assura l’exécution.

Pendant le terrible hiver de 1709, on n’alluma pas souvent les lanternes dans Paris : la disette des bestiaux