Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/70

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examen eut et aura d’incalculables conséquences. Toutes les sectes protestantes issues de Zwingle, de Luther, de Calvin, adoptèrent, sans même le discuter, le principe formulé par celui qui mourut sur le bûcher de Constance. Si la France n’est pas entrée dans cette voie féconde où ses voisins immédiats de la Suisse et de l’Allemagne la précédaient, elle le doit à la Saint-Barthélemi, à l’acte du 13 juillet 1593 et à la révocation de l’édit de Nantes. L’esprit du protestantisme se fait jour en 1560 aux états d’Orléans ; la noblesse y demande qu’il soit levé « une contribution sur les bénéfices ecclésiastiques pour raisonnablement stipendier les pédagogues et gens lettrés, en toutes villes et villages, pour l’instruction de la pauvre jeunesse du plat pays ; et soient tenus les pères et mères, à peine d’amende, à envoyer lesdits enfants à l’école ; et à ce faire soient contraints par les seigneurs ou les juges ordinaires ». Il est difficile de formuler plus nettement le système de l’enseignement obligatoire[1].

On devait attendre longtemps avant de voir reprendre ces idées, si simples qu’aujourd’hui elles nous paraissent naturelles. Il fallut la Révolution française, la Convention et ce grand mouvement théorique qui, abordant de front tous les problèmes, n’en sut résoudre que bien peu. Par un décret du 18 août 1792, l’Assemblée législative avait détruit toutes les corporations, « même celles qui, vouées à l’enseignement public, ont bien mérité de la patrie. » En 1795, on proclame la liberté de l’enseignement ; on n’organise pas les écoles, mais on punit

  1. Dès le seizième siècle, les Flandres proclament la gratuité et l’obligation en matière d’enseignement. Par arrêté du 24 février et du 10 novembre 1584, les pères et mères, les maîtres et maîtresses sont tenus d’envoyer leurs enfants et leurs domestiques aux écoles de Lille, depuis l’âge de huit ans jusqu’à celui de dix-huit, « sous peine de griesve punition arbitraire à la discrétion des échevins. » Voir à ce sujet la très-curieuse brochure de M. J. Houdoy : l’Instruction gratuite et obligatoire depuis le seizième siècle. Lille, imp. L. Danel, 1873.