Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/69

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lest est aux navires : ça les met et ça les maintient en équilibre.

Il y a plus de quarante ans que lord Brougham a dit : « Ce n’est plus le canon, c’est désormais l’instituteur qui est l’arbitre du monde. » Il est certain que la nation qui a les meilleurs instituteurs a aussi les meilleurs canons ; nous en avons fait personnellement la cruelle expérience. « Quel est votre meilleur général ? demandait-on à un très-grand personnage de Berlin, après la campagne qui se termina si brusquement à Sadowa. — Il répondit : « Le général maître-d’école. » On n’a cessé, en France, de répéter ce mot depuis 1866, mais sans paraître comprendre la grande leçon qu’il contenait. Ce que l’on a certainement voulu dire, c’est que l’avenir appartient au peuple le plus instruit, parce que la soumission aux lois, le sentiment du devoir, l’abnégation, sont les fruits naturels de l’instruction. Ceci est élémentaire, et il est pénible d’avoir à le rappeler. Si l’on parvient à combattre l’ignorance, à la poursuivre pied à pied, à la chasser des refuges où elle va se cacher sous toutes sortes de prétextes ; si l’on réussit à donner aux enfants des classes laborieuses des notions simples, justes et fortes ; si l’on arrive à faire naître dans la classe bourgeoise le goût des études sérieuses, le mépris des frivolités grivoises où elle s’est perdue, on aura sauvé le pays et nous pourrons peut-être entrer dans une période de vitalité nouvelle. L’état actuel est fait pour affliger ceux qui regardent avec prudence et sans illusion vers l’avenir. Il y a péril en la demeure, et il est temps de se hâter.

Le premier réformateur scolaire est un réformateur religieux, Jean Huss, qui impose à tous ses disciples l’obligation de lire eux-mêmes la Bible traduite en langue vulgaire. C’était l’enseignement primaire élevé à l’état de dogme. Cette première théorie du libre