Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/115

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Ce bruit se répandait et trouvait créance. Deux coups de force étaient-ils donc préparés, et le coup d’État du prince Louis-Napoléon ne réussissait-il que parce qu’il devançait le coup d’État des Orléans ? Il est difficile de répondre. Cependant, voici des faits qui pourront aider aux inductions. Personnellement, je ne sais rien de ces faits et j’en renvoie la responsabilité à celui qui les a racontés, c’est-à-dire à Lord Palmerston, que sa qualité de Premier ministre d’Angleterre mettait à même d’être bien renseigné. Dans un écrit intitulé Mémorandum de certaines circonstances se rapportant au coup d’État, il dit :

« Le coup d’État eut lieu le mardi 2 décembre 1851 et fut connu à Londres dès le lendemain. Le mercredi 3 décembre, M. et Mme X… vinrent dîner chez nous, à Carlton Garden, et me dirent qu’ils étaient allés à Claremont, le vendredi précédent, faire visite à la reine Amélie, veuve de Louis-Philippe, qu’ils avaient trouvé les dames de la cour française en grand émoi et qu’elles avaient dit à Mme X…, en secret, qu’elles faisaient leurs paquets, parce qu’elles s’attendaient à partir pour Paris la semaine suivante, c’est-à-dire celle précisément pendant laquelle eut lieu le coup d’État.

« Le samedi suivant, c’est-à-dire le 6 décembre, M. Borthwick, éditeur du Morning Post, vint me voir. Il avait, dit-il, une communication à me faire, qui pouvait être importante et qu’il se considérait comme libre de me faire. Il me dit que la veille, le général de Rumigny, attaché à l’ancienne cour de France, était venu le voir et lui avait dit qu’en raison de sa politique et de ses attentions pour l’ex-famille royale il était chargé par elle de lui faire savoir que, si cela pouvait être utile à son journal, on lui ferait parvenir des renseignements quotidiens sur les opérations militaires qui allaient commencer dans le Nord de la France. Il ajouta que le prince de Joinville et le duc d’Aumale étaient partis pour Lille, dans le but de prendre le commandement des troupes qui allaient agir contre le Président ; que la famille royale avait essayé de dissuader le prince de Joinville de ce plan, mais en vain, et que, finalement, le trouvant déterminé, le duc d’Aumale avait dit : « Mon frère est un marin ; il ne connaît rien aux opérations militaires. Moi, je suis soldat ; j’irai avec lui et je partagerai son sort et sa fortune. » M. Borthwick me dit qu’il avait refusé les communications