Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/230

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qui avait été — cela se voyait encore lorsque j’entrai en relation avec lui — un homme d’une élégance et d’une beauté peu communes. Le comte de Flahaut, général de division à vingt-quatre ans, fut la coqueluche des grandes dames du Premier Empire ; on se le disputait dans les alcôves de la famille impériale, où il ne rencontra que des facilités, sinon des avances. Plus d’une fois Napoléon se fâcha, toujours en vain. Il était relativement pauvre, mais on lui avait donné un hôtel aux Champs-Élysées ; il possédait les plus beaux équipages de l’armée et trouvait cela tout simple. La reine Hortense ne lui fut pas plus rebelle que les autres, d’où, le 21 octobre 1811, provint un Charles-Auguste-Louis-Joseph, qui fut comte et ensuite duc de Morny.

Il est né à Paris, rue des Filles-du-Calvaire, dans une maison entourée d’un jardin clos de murs et que l’on avait louée pour la circonstance. Des joueurs d’orgue postés dans les environs n’auraient point permis d’entendre des cris et des gémissements, précaution excessive qui fut inutile. Quoi que l’on en ait dit, l’enfant eut un état civil régulier et le nom qu’il porta ne fut point un nom de fantaisie[1]. On avait découvert à Villetaneuse un vieil officier pauvre, fatigué de l’être, qui s’appelait Demorny et qui, moyennant une rente de six mille francs qu’il toucha jusqu’à sa mort, n’hésita pas à reconnaître l’enfant qu’il ne connaissait pas. Auguste fut élevé par la mère du comte de Flahaut, qui, en secondes noces, avait épousé le baron de Souza. Il vécut, dès son adolescence,

  1. Voici l’acte de naissance du duc de Morny : « L’an 1811, le 22 octobre, à midi sonné, par-devant nous, maire du 3e arrondissement de Paris, soussigné, faisant fonction d’officier de l’état-civil, est comparu le sieur Claude-Martin Gardien, docteur en médecine et accoucheur, demeurant à Paris, rue Montmartre, 137, division du Mail, lequel nous a déclaré que le jour d’hier, à dix heures du matin, est né chez lui un enfant du sexe masculin, qu’il nous présente et auquel il donne les prénoms Charles-Auguste-Louis-Joseph, lequel enfant est né de Louise-Émilie-Coralie Fleury, épouse du sieur Auguste-Jean-Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Dominique, demeurant à Villetaneuse, département de la Seine. Lesdites présentation et déclaration faites en présence des sieurs Alexis-Charlemagne Lamy, cordonnier, âgé de quarante-deux ans, demeurant à Paris, rue Buffault, 23, ami, et de Joseph Mauch, tailleur d’habits, âgé de quarante ans, demeurant à Paris, rue des Deux-Écus, n° 6, ami.

    « Lequel déclarant et témoins ont signé avec nous, après lecture faite. »

    Cet Auguste-Jean-Hyacinthe Demorny décéda le 5 avril 1814, à l’hospice de Versailles.