Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/259

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adversaires du plébiscite de 1870, contre lequel ils luttèrent à outrance, ils se firent plébisciter à Paris, après la journée du 31 octobre, qui nous valut la continuation de la guerre, nous coûta deux milliards et nous arracha la Lorraine.

Après tant d’années, après quarante ans révolus, lorsque le sceau qui ferme ces papiers sera brisé, il est bon de rendre la parole aux morts, car leurs discours sont oubliés. Écoute-les donc, ô lecteur, les citations seront brèves, mais gardes-en le souvenir et qu’elles te servent de leçon lorsque tu entendras ces cymbales retentissantes que l’on appelle des orateurs politiques.

Jules Simon : « Ce qui importe, ce n’est pas le nombre des soldats, c’est la cause qu’ils ont à défendre. Si les Autrichiens ont été battus à Sadowa, c’est qu’ils ne tenaient pas à vaincre pour la maison de Habsbourg contre la patrie allemande. Oui, messieurs, il n’y a qu’une cause qui rendra les armes invincibles, c’est la liberté. » Et plus tard, au cours de la même discussion : « Le militarisme est la plaie de l’époque. Il n’y a pas d’armée sans esprit militaire, me dit-on ; alors nous voulons une armée qui n’en soit pas une. » Pendant la seconde partie de la guerre franco-allemande, le vœu de Jules Simon a été exaucé.

Jules Picard : « Je blâme le gouvernement qui a cédé à cette pensée, que j’ai discutée et désapprouvée dans d’autres circonstances, de chercher la force de la France dans l’exagération du nombre d’hommes. »

Jules Favre renchérit : « Soyez-en sûrs, nos véritables alliés, ce sont les idées, c’est la justice, c’est la sagesse. La nation la plus puissante est celle qui peut désarmer. »

Émile Ollivier dévoile, d’un seul mot, son ignorance de la constitution militaire de la Prusse, et, avec la conviction de ceux qui ne savent rien, il s’écrie : « L’armée prussienne est une armée essentiellement défensive » ; et ceci après la campagne de Bohême où l’ardeur et la précision de l’offensive avaient arraché un cri d’admiration à tous les hommes occupés des choses militaires.

Garnier-Pagès parle de la levée en masse qui nous a conduits jadis à Berlin ! On en sourit ; le bonhomme confond Valmy et Iéna ; il n’en continue pas moins sa harangue et ne manque pas d’emphase : « Chaque puissant, à son tour, vient nous affirmer que l’influence matérielle, l’influence de la