Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/167

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alla aussitôt gagner une petite barque où étaient plusieurs de ses camarades, avec lesquels il disparut en un instant. On assure que ces voleurs brûlent une espèce de pastille dont la fumée endort.

Le 31 au matin nous sortîmes de Tchang tcheou. Nous trouvâmes que le canal s’était fort rétréci, n’ayant guère que douze pieds de largeur. Les rives étaient hautes de 17 à 18 pieds, mais en droite ligne. A 49 lis de là après avoir passé deux villages nommés Ping niou et Lu chan, le canal continue à perte de vue sur la même ligne. Ces villages sont à demi ruinés, quoiqu’il y reste encore quelques maisons fort propres. Le canal est revêtu de part et d’autre, jusqu’à dix et douze pieds de haut, de belles pierres carrées d’un marbre gris couleur d’ardoise.

A environ deux lieues en-deçà de Tan yang nous fûmes obligés de continuer notre route par terre et de quitter le canal. On l’avait fermé afin de le creuser davantage, pour le rendre navigable aux barques qui portent le tribut à la cour. Quoiqu’il n’y eût qu’un jour qu’il eût été fermé, nous vîmes une infinité de barques arrêtées, et ceux qui les conduisaient, prirent comme nous des voitures de terre.

Le mandarin de Tan yang qui avait été averti de notre arrivée le jour précédent, nous envoya des chaises, des chevaux, et des portefaix pour nous conduire à Tching kiang fou. Ceux qui nous portaient et qui étaient chargés de notre bagage, faisaient par heure une bonne lieue d’Allemagne, de sorte qu’en moins de deux heures, nous fîmes deux lieues et demie, qui nous restaient à faire pour nous rendre à Tan yang. Avant que d’y arriver, et à l’extrémité du canal, nous passâmes près d’une tour à sept étages, et sur trois grands ponts de marbre d’une seule arche. Les faubourgs de cette ville sont aussi pavés de marbre : nous fîmes pendant trois quarts d’heure la moitié de son circuit le long des murailles, qui sont de briques, hautes de 25 pieds, et élevées sur des fondements de marbre.

On trouve au nord de cette ville un lac de cinq à six lieues de circuit, le long duquel nous fîmes environ une lieue avant que d’arriver à Ma lin : c’est un village à deux lieues au-delà de Tan yang. Nous y passâmes la nuit dans une maison que les chrétiens nous avaient fait préparer.

Quoique ce village n’ait qu’une seule rue, on nous assura qu’il y avait plus de deux cent mille âmes. Il est pavé de marbre, de même que tous les autres qu’on rencontre jusqu’à Tching kiang fou et une partie du chemin, où nous vîmes en divers endroits des pierres de marbre blanc de six pieds de haut, avec quelques figures en relief assez mal faites.

Le 2 janvier nous arrivâmes à Tching kiang. Nous passâmes d’abord par un faubourg long de treize cents pas géométriques et tout pavé de marbre. Les carreaux de marbre, dont le milieu de la rue est pavé, ont trois pieds de long et près de deux de large. Après avoir fait plus d’une lieue le long des murailles qui sont hautes de plus de trente pieds et fort bien entretenues, nous rabattîmes par un pont de marbre dans un autre faubourg. Nous y trouvâmes une si grande affluence de peuple, que nous avions beaucoup de peine à nous ouvrir un passage.