Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/169

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allâmes coucher à quatre lieues et demie de là, dans un gros bourg nommé Chao pe. Nous fîmes une bonne partie de ce chemin le long du canal sur une belle levée, qui est coupée en trois endroits pour en décharger l’eau dans la campagne.

Le 11, après avoir fait sept lieues d’une traite, nous arrivâmes à Kao yeou tcheou. Tout ce pays est plat et presque inondé. Nous marchâmes sur une grande levée large d’environ trente pieds, et haute de dix ou douze, revêtue en quelques endroits de pierres de marbre carrées, particulièrement du côté du canal que nous laissions à main droite.

Au-delà paraissait un grand lac qui s’étend parallèlement au canal, et a plus d’une lieue de largeur. La campagne qui est sur la droite, est également inondée : il y a néanmoins en divers endroits quelques éminences où l’on sème du riz, et où l’on voit plusieurs hameaux, donc les maisons sont couvertes de roseaux, et les murailles faites de cannes, enduites de terre. Des barques sans nombre à la voile, qui voguaient sur ces campagnes comme sur une vaste mer, faisaient un spectacle assez divertissant.

La ville de Kao yeou tcheou est grande ; nous n’en pûmes juger par nous-mêmes, car nous ne fîmes qu’environ douze cents pas géométriques le long des murailles, qui ont environ trente pieds de hauteur. En y arrivant nous vîmes sur la droite une tour à sept étages dans un de ses faubourgs, et dans la ville un autre édifice carré à six ou sept étages, qui allait s’étrécissant en pyramide terminée d’un petit toit carré, d’une structure différente de celle des tours. Les faubourgs sont grands, larges, et assez bien bâtis.

Le 12 nous fîmes le matin six lieues sur la levée, qui règne le long du canal et du lac que nous côtoyâmes. Ce lac s’étend comme une vaste mer, à perte de vue. Nous y vîmes une infinité de barques à la voile.

Entre le canal et le lac est une autre levée revêtue fort proprement de pierres carrées en plusieurs endroits : tout est plein d’oiseaux sauvages, et l’on y voit de temps en temps des nuages de petits oiseaux qui couvrent une partie de l’horizon. Les corneilles que nous vîmes étaient toutes noires, au lieu que celles que nous avions vues depuis Ning po jusque-là, avaient une espèce de collier blanc au col.

L’après-midi nous fîmes six autres lieues jusqu’à Pao hing hien, le long du canal qui continue toujours entre deux grandes levées avec le lac à main gauche ; à la droite la campagne est plate, à demi inondée, et très bien cultivée proche de cette ville.

Le 14 après avoir fait huit lieues, nous allâmes coucher à Hoai nguan fou. C’est une ville considérable, plus peuplée, à ce qui nous parut, et de plus grand commerce que Yang tcheou. Le grand maître des eaux, canaux, et rivières y fait sa résidence. Il occupait alors l’hôtellerie publique, où on loge ceux qui sont appelés par l’empereur, ou envoyés de la cour dans les provinces. Ainsi nous fûmes obligés de loger dans une mauvaise hôtellerie faite de nattes de roseaux, nonobstant le froid et la neige qui tomba la nuit même dans le lieu où nous couchions. Trois mandarins y logèrent avec nous. Ils prirent grand plaisir à voir quelques-uns de nos