Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/170

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livres, et se sentirent très obligés de quelques images de papier qui s’y trouvèrent, et qu’on leur donna avec un de nos écus de France, dont ils nous rendirent le même poids en argent. Ils nous invitèrent à prendre du thé dans leur appartement, où ils nous régalèrent de diverses sortes de fruits.

Le marbre est assez commun dans tous ces endroits là : mais les Chinois ne paraissent pas en faire beaucoup de cas : ils ne l’emploient qu’à revêtir les canaux, ou à quelques autres ouvrages publics. Nous vîmes là comme à Tching kiang des rouleaux de marbre qui ressemblent à des tronçons de colonnes qu’on traîne dans les campagnes sur les terres cultivées pour les aplanir.

Nous partîmes le 15 après-midi pour aller coucher à trois lieues de là dans un grand village, nommé Tching kiang pou, qui est sur la rive australe du Hoang ho, et sur le bord du canal. Entre Hoai ngan et ce village, nous en trouvâmes un autre qui n’est pas fort éloigné des faubourgs de Hoai ngan. C’est ce qui a donné lieu à l’erreur où sont tombés les premiers ambassadeurs hollandais, qui ont pris ces deux bourgs pour une suite des faubourgs de cette ville, ainsi qu’ils le disent dans leur relation, en donnant à ce faubourg trois bonnes lieues d’Allemagne de longueur.

Nous en avons passé un qui est parallèle aux murailles de la ville et qui à la vérité a une lieue et demie de longueur. La campagne est plate, bien cultivée, à demi inondée en quelques endroits, ce qui est favorable à la culture des campagnes où l’on sème le riz. On voit ici une quantité d’oies, de canards sauvages, de faisans, etc.

Nous nous arrêtâmes le 16 dans ce village, et le lendemain 17 fut presque tout employé à passer le Hoang ho ou fleuve Jaune, à cause de la glace qu’il fallut rompre, et des glaçons qui retardèrent le passage. Cette rivière n’a guère que 450 toises de largeur en cet endroit, qui est éloigné de 25 lieues de son embouchure. Son lit est assez égal : ses rives sont d’une terre argileuse et jaunâtre, et quand elle a longtemps son cours dans une terre semblable, le mélange de cette terre détrempée avec les eaux, les rendent troubles et jaunâtres, ce qui lui a fait donner le nom de Fleuve Jaune. Dans le temps que nous le passâmes, cette couleur n’était pas si fort chargée, et paraissait à peine dans l’eau qu’on en puisait. Quand elle s’enfle, et que son cours est plus rapide, comme elle détache alors beaucoup de terre, qui de sa nature est légère, elle est bien plus trouble et plus jaune. Si ce fleuve n’était pas retenu par des digues, qu’il faut sans cesse raccommoder, il ferait d’étranges ravages. Son cours n’était ni lent, ni rapide.

Nous allâmes coucher dans un village. Le chemin est le plus uni et le plus beau qu’on puisse voir, de même que la campagne qui est plate et découverte comme la Beauce, mais plus belle, mieux cultivée, et pleine de hameaux, qui ne sont qu’à 50, 100 ou 200 pas les uns des autres. A une lieue du Fleuve Jaune nous trouvâmes une grande levée interrompue dans un endroit, et liée par une espèce de pont de bois, soutenu de piles de pierres hautes de huit ou dix pieds, long d’environ trois cents pas, dont le dessous est pavé très proprement de pierres carrées. Nous passâmes ensuite un canal, qui court au nord en ligne droite, parallèle au Fleuve