Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/265

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bois nécessaire pour entretenir le feu des fourneaux, qu’on fait venir à présent de près de cent lieues. Cependant nonobstant la cherté des vivres c’est l’asile d’une infinité de pauvres familles, qui n’ont point de quoi subsister dans les villes des environs. On y trouve à employer les jeunes gens, et les personnes les moins robustes. Il n’y a pas même jusqu’aux aveugles et aux estropiés, qui y gagnent leur vie à broyer les couleurs. Anciennement on n’y comptait que trois cents fourneaux à porcelaine, maintenant ils se montent jusqu’à environ cinq cents.

King te tching est placé dans une plaine environnée de hautes montagnes ; celle qui est à l’orient, et contre laquelle il est adossé, forme en dehors une espèce de demi cercle ; les montagnes qui sont à côté, donnent issue à deux rivières qui se réunissent : l’une est assez petite, et l’autre est fort grande, et forme un beau port de près d’une lieue dans un vaste bassin, où elle perd beaucoup de sa rapidité. On voit quelquefois dans ce vaste espace jusqu’à deux ou trois rangs de barques, à la queue les unes des autres.

Tel est le spectacle qui se présente à la vue, lorsqu’on entre par une des gorges dans le port. Des tourbillons de flammes et de fumée qui s’élèvent en différents endroits, font d’abord remarquer l’étendue, la profondeur, et les contours de King te tching. A l’entrée de la nuit on croit voir une vaste ville toute en feu, ou bien une grande fournaise qui a plusieurs soupiraux.

Il n’est point permis aux étrangers de coucher à King te tching : il faut, ou qu’ils passent la nuit dans leurs barques, ou qu’ils logent chez des gens de leur connaissance, qui répondent de leur conduite. Cette police, joint à celle qui s’observe jour et nuit dans le bourg même, comme dans les villes ordinaires, maintient tout dans l’ordre, et établit une sûreté entière dans un lieu, dont les richesses réveilleraient la cupidité d’une infinité de voleurs.


KOANG SIN FOU. Troisième ville.


Quoique cette ville soit située au milieu des montagnes, qui sont la plupart fort élevées, et d’une grande étendue, il ne faut pas croire que le pays en soit plus désert et moins habité : grand nombre de ces montagnes sont partagées en terres labourées, qui ne cèdent en rien aux plaines les plus fertiles, et l’on y trouve quantité de bourgs et de villages. Il y a des montagnes qui forment de grandes forêts, et d’autres qui produisent un beau cristal : on y fait de fort bon papier, et les meilleures chandelles qui se trouvent dans l’empire.

Tout ce pays confine avec les provinces de Fo kien, et de Tche kiang : la facilité de se réfugier dans les montagnes, donnait autrefois lieu aux voleurs de faire impunément de mauvais coups, et l’empereur tenait dans la ville une assez forte garnison pour leur donner la chasse. Comme l’entrée dans la province par ce côté-là rend les chemins étroits, et semblables à des défilés, que les montagnes resserrent de part et d’autre, il est très aisé de défendre ces passages, et en cas de soulèvement d’une province voisine, de se garantir de toute invasion. La juridiction de Koang sing fou s’étend à sept villes du troisième ordre.