Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/268

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KI NGAN FOU. Neuvième ville.


Neuf villes du troisième ordre ressortissent à cette ville, qui est située sur les bords de la rivière Kan kiang. C’est là qu’on commence à s’apercevoir du danger qu’il y a à descendre cette rivière. L’eau y coule avec une extrême impétuosité au travers de plusieurs rochers semés à fleur d’eau, et l’on court risque d’y périr, si l’on n’a pas de bons pilotes qui vous conduisent. Aussi toutes les barques qui en manquent, ont-elles accoutumé de s’en pourvoir dans cette ville, afin de se faire guider au-delà de ces endroits dangereux ; du moins on y loue des hommes pour aider à gouverner la barque. Car il y a dix-huit courants qui demandent beaucoup de force et d’adresse, ou pour les monter ou pour les descendre. C’est ce qu’on appelle Che pa tan. Quoique le pays soit inégal, les vallées et les campagnes n’en sont pas moins agréables, ni moins fertiles. On prétend que dans les montagnes il se trouve des mines d’or et d’argent.


CHOUI TCHEOU FOU. Dixième ville.


Cette ville est située sur les bords d’un bras du Kan kiang. Deux enceintes de murailles en font comme deux villes, qui sont séparées par une rivière, laquelle porte en tout temps de grands bateaux, surtout depuis le mois de février jusqu’au mois d’août, que les pluies l’enflent et la grossissent.

Ces deux enceintes se communiquent l’une à l’autre par le moyen de deux ponts, l’un de pierre qui a plus de dix arcades bien bâties, et l’autre appuyé sur des bateaux, qui s’élève ou s’abaisse, à mesure que l’eau croît ou diminue.

Dans une de ces enceintes, qu’on appelle ville du nord, sont logés tous les mandarins, grands et petits, mandarins du peuple, mandarins d’armes, et mandarins des lettrés, aussi la nomme-t-on la ville mandarine. L’autre enceinte, qui s’appelle ville du midi, renferme presque toutes les familles considérables, les bourgeois, et le peuple ; il n’y a pas un seul mandarin. Comme les portes de ces deux villes se ferment pendant la nuit, s’il arrivait quelque désordre dans celle-ci, le mandarin aurait peine à remédier aussi promptement qu’il serait quelquefois nécessaire.

L’air y est doux, et si sain, qu’on lui a donné le nom de fortunée. Le pays est arrosé de ruisseaux où l’on trouve des paillettes d’or et d’argent. Ses campagnes sont très fertiles, et lui suffisent pour donner sa part du riz qui s’envoie à la cour. Les montagnes et les forêts dont elles sont environnées, forment, une vue très agréable. On tire de la pierre d’azur de ces montagnes.