Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/301

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La mer y fournit des poissons en abondance, toutes sortes de coquillages, et de bonnes écrevisses. Entr’autres au commencement de l’été, on y pêche des poissons qui se nomment hoang, c’est-à-dire, jaunes, qui sont fort recherchés à cause de leur bon goût, et de leur délicatesse ; mais comme ils ne peuvent se conserver longtemps hors de l’eau, on a soin de les mettre dans de la glace, et par ce moyen on les transporte dans tout l’empire.

Les murailles de Ning po ont 5.074 pas géométriques de tour. En la traversant depuis la porte occidentale, jusqu’à la porte orientale, dans une rue presque tirée au cordeau, on a compté 2.574 grands pas. Ses murailles sont bâties de pierres de taille, bien entretenues, et capables de résister à tout autre effort qu’à celui du canon.

On y entre par cinq portes, dont deux regardent l’orient, parce que le port est de ce côté-là ; sans parler de deux portes d’eau, comme les nomment les Chinois, qui sont de grandes arcades ouvertes dans la muraille, pour donner passage aux barques qui entrent ou qui sortent de la ville ; car elle est coupée de plusieurs canaux dans la partie qui est entre le midi et l’occident. Il n’y a pas un seul édifice qui mérite quelque attention. On y voit une tour à plusieurs étages bâtie de briques, et devant la porte de l’orient, la plus avancée vers le midi, un pont sur le Kin de seize barques plates, liées avec des chaînes de fer qui peut avoir quarante toises de long.

Ce qu’il y a de plus raisonnable en matière d’architecture, c’est ce que les Chinois appellent pai leou ou pai fan, et que nous appelons arcs de triomphe. Les rues, qui sont étroites, paraissent encore plus rétrécies par les auvents des boutiques, de sorte que deux de nos grands carrosses auraient peine à y passer. Cette ville fut pillée et saccagée durant les dernières guerres ; mais il y a quelques années qu’elle commence à se rétablir. Il y a une grosse garnison.

L’entrée de Ning po est difficile, surtout pour les grands vaisseaux, la barre n’ayant pas quinze pieds d’eau dans les plus grandes marées. En entrant dans la rivière, on laisse à gauche la ville de Tin hai hien, qui est de sa dépendance.

Cette ville, qui est un carré long de mille toises de circuit, est commandée par une citadelle bâtie sur un rocher fort élevé, au pied duquel il faut nécessairement que les vaisseaux passent à la demi-portée du pistolet. On y entre dans une seule marée par une fort belle rivière, large pour le moins de cent cinquante toises, profonde partout de sept à huit brasses, bordée de salines des deux côtés, avec des villages et des campagnes cultivées, que de hautes montagnes terminent à l’horizon.

Les marchands chinois de Siam et de Batavie, y viennent tous les ans pour y chercher des soies, qu’ils savent être les plus belles de l’empire : ceux de Fo kien et des autres provinces y abordent continuellement. Il s’y fait aussi un très grand commerce avec le Japon : Nangazaki n’en est éloigné que de deux journées. Les Chinois y portent des soies, des étoffes, du