Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/332

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les chemins sûrs. Il y a de ces places de guerre qui sont plus grandes et mieux peuplées, que ne le sont plusieurs villes.

L’histoire rapporte que c’est dans cette province, que les premiers habitants de la Chine ont fixé leur séjour. Le climat en est sain et agréable. Si parmi les montagnes, dont elle est pleine, il y en a d’affreuses et d’incultes, la plupart ne laissent pas d’être bien cultivées ; elles sont coupées en terrasses depuis la racine jusqu’au sommet, et toutes couvertes de grains.

On trouve en plusieurs endroits de ces montagnes quatre à cinq cents pieds de terre solide, sans y trouver la moindre pierre, et sur les montagnes même on voit de fort belles plaines. Ce qu’elles ont encore de particulier, c’est qu’elles fournissent des mines inépuisables de charbon de pierre, qui, soit en morceaux, soit pilé et pétri, tient lieu de bois, dont il n’y a pas une assez grande quantité pour le chauffage de cette province.

A la réserve du riz, qui y croit plus difficilement qu’ailleurs, parce qu’il y a moins de canaux, elle abonde en tous les autres grains, surtout en froment et en millet, qui se transportent dans d’autres provinces. Ses vignes produisent de bons raisins, dont il ne tiendrait qu’aux Chinois de faire du vin s’ils voulaient, mais ils se contentent de les sécher et de les vendre dans tout l’empire.

On y trouve encore du musc en abondance, quantité de porphyre, de marbre, et de jaspe de diverses couleurs : la pierre d’azur y est très commune. On y voit de tous côtés des mines de fer très abondantes dont on fait toutes sortes d’ustensiles de cuisine qui se transportent dans les autres provinces. On y voit pareillement des lacs salés, d’où l’on tire du sel, et beaucoup de fontaines chaudes et bouillantes.


Première ville et capitale de la province.
TAI YUEN FOU.


C’était autrefois une très belle ville remplie de beaux palais, qui étaient habités par les princes du sang de la dernière famille impériale Tai ming tchao ; mais elle est maintenant en partie déserte ; ces grands édifices ont dépéri peu à peu, et ont été ensuite tout à fait détruits, sans que personne ait osé les rebâtir, quoique le lieu soit sain et agréable.

Outre différentes étoffes qui se fabriquent en cette ville, comme ailleurs, on y fait en particulier des tapis, façon de Turquie, de quelque grandeur qu’on les commande. Comme on tire des montagnes quantité du meilleur fer, il s’y fait un grand commerce des ouvrages de fer qu’on y travaille.

Cette ville, qui est ancienne et fort peuplée, a environ trois lieues de circuit, et est environnée de fortes murailles. Elle est située sur le bord de la rivière Fuen ho, et a une juridiction fort étendue, qui contient cinq villes du second ordre, et vingt du troisième. Ses coteaux verdoyants, et ses montagnes couvertes de bois, présentent un spectacle agréable à la vue.