Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/434

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mais en même temps la plus méchante et la plus barbare.

Il fallait que tout cédât à son humeur impérieuse, et que tout se réglât par ses caprices. Si les ministres manquaient de s’y conformer dans leurs représentations ou dans leurs conseils, ils étaient aussitôt, ou chassés du palais, ou condamnés à mort. Il suffisait de désapprouver ce qui se faisait par ses ordres, pour être coupable de rébellion. Elle persuada à son mari, qu’il ne serait le maître absolu de ses sujets, qu’en répandant la terreur dans tous les esprits.

Pour cela elle inventa un genre de supplice, dont le seul appareil inspirait de l’horreur. Elle fit construire une colonne d’airain, qu’on faisait rougir à un grand feu ; puis on forçait le coupable de l’embrasser, jusqu’à ce que la chair fût consumée jusqu’aux os. C’était pour cette princesse un agréable spectacle de voir souffrir ces malheureuses victimes de sa fureur, et d’entendre les cris effroyables que la vivacité de la douleur leur arrachait.

L’un des ministres de Tcheou cherchant à s’insinuer dans ses bonnes grâces, et à mériter sa confiance, lui fit présent de sa fille, qui était fort belle, mais qui était encore plus vertueuse ; cette fille, qui détestait l’action de son père, résista avec un courage héroïque aux poursuites criminelles de l’empereur.

Le prince outré de cette résistance, et changeant tout à coup son amour en fureur, massacra de ses propres mains la jeune fille, et l’ayant coupée en plusieurs morceaux, les fit servir à la table du père.

Un autre ministre, effrayé de cette barbarie, ne put retenir son indignation, et prit un temps qu’il crut favorable, pour en faire sentir au prince toute l’horreur ; son zèle et ses remontrances lui coûtèrent la vie au même instant.

Ces cruelles exécutions n’intimidèrent pas le sage Ven vang et il eut la fermeté de s’élever avec force contre tant d’inhumanités. Le tyran, qui respectait encore sa vertu, ne le traita pas avec la même rigueur que les autres mais pour punir, disait-il, sa témérité, il le fit conduire en prison.

Le petit État dont Ven vang était souverain, fut consterné de cette détention. Ses principaux sujets s’assemblèrent, et crurent qu’en faisant des présents à l’empereur, qui flatteraient ses dérèglements, ils obtiendraient aisément la liberté de leur prince.

Parmi les présents qu’ils firent, ils envoyèrent une jeune fille d’une grande beauté. Tcheou comme on l’avait prévu, ne put résister à ses charmes, et sur-le-champ il donna ordre qu’on élargît Ven vang. Ce fut un double sujet de joie pour ce prince, et de se voir en liberté, et d’être éloigné d’une cour si corrompue.

Ven vang était tendrement chéri de ses peuples, et quoiqu’il ne fût souverain que d’un petit État, il se voyait aussi respecté dans tout l’empire, que Tcheou y était détesté. Sa douceur, son amour pour la justice, le soin qu’il prenait de faire élever les jeunes gens