Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/435

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selon les plus belles maximes de la morale, le bon accueil qu’il faisait aux sages et aux philosophes, ce qui en attira un grand nombre à sa cour ; le plaisir qu’il prenait à les entendre, la préférence qu’il donnait aux gens de vertu et de mérite dans la distribution des emplois ; le respect qu’il avait pour ceux de son rang, qui étaient plus avancés que lui en âge ; enfin sa modestie, sa frugalité, son application aux affaires, toutes ces qualités le mirent dans une si haute réputation, que plusieurs princes, ses égaux, le firent l’arbitre de leurs différends.

On raconte que deux petits rois, qui étaient toujours en guerre au sujet des limites de leurs États, convinrent de s’en rapporter à sa décision. A peine furent-ils entrés sur ses terres, qu’ils virent que les peuples se prévenaient les uns les autres par des témoignages réciproques d’amitié et par de bons offices ; que même ce qui tombait le long des chemins, personne n’osait le ramasser, et que chacun disait que cela ne lui appartenait pas, que d’autres cédaient une partie de leurs terres à leurs amis pauvres, pour les ensemencer, et en faire la récolte. Quand ils arrivèrent à la cour, ils furent surpris de l’union et de la bonne intelligence qui régnait entre les Grands ; ils n’apercevaient ni artifices, ni déguisements, ni intrigues.

A la vue d’un État si bien réglé : — Que venons-nous faire ici ? dit l’un d’eux. Que pensera Ven vang de nos contestations ? Quelle idée ce prince aura-t-il de nous ? Et à l’instant, sans porter plus loin leurs démêlés, ils s’accommodèrent ensemble de telle sorte, qu’au lieu de contester, comme ils avaient fait auparavant, sur leurs droits et sur leurs prétentions, c’était à qui des deux céderait le plus de terres à l’autre.

La réputation de Ven vang devint si générale, que quarante princes tributaires ne voyant que lui qui pût remédier aux maux de l’empire, le choisirent pour leur souverain. Il ne jouit pas longtemps de l’espérance d’une dignité si flatteuse : il mourut, et laissa sa principauté et ses richesses à son second fils nommé Vou vang : il le préféra à son aîné, parce que celui-ci n’avait pas voulu entrer dans les vues qu’avait son père de détrôner l’empereur.

Ce fils montra dans cette conjoncture beaucoup de grandeur d’âme : il ne lui échappa pas la moindre plainte de l’injustice qui lui avait été faite, et pour ne pas déshonorer la mémoire de son père, il se retira au-delà du fleuve Yang tse kiang vers les frontières de Se tchuen, où il établit les deux royaumes de Yue et de Hou.

Cependant l’habitude au crime, et l’empire que Ta kia avait sur l’esprit de son mari Tcheou, augmentait chaque jour la férocité de ce prince. L’autorité souveraine était entre les mains de cette femme, et les lois qu’elle portait, ne manquaient jamais d’être ratifiées par l’empereur.