Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/588

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province de Kiang nan. Les prédicateurs de l’Évangile furent les uns bâtonnés, les autres transportés à Macao ou dispersés de côté et d’autre, et obligés de se cacher. Mais cette persécution ne dura que six ans. Le persécuteur mourut dépouillé de ses dignités, et la religion n’en devint que plus florissante.

L’année cinquante-troisième les Tartares, que leurs forces réunies sous un seul chef, rendaient plus capables d’entreprises, ne songèrent plus à faire d’irruptions passagères sur les terres de l’empire, mais à s’emparer des villes qui pouvaient être à leur bienséance. Ils étaient irrités contre les Chinois, de ce que les mandarins traitaient indignement leurs marchands qui allaient commercer dans le Leao tong et de ce que par trahison ils s’étaient saisis de leur roi, et lui avaient fait trancher le tête.

Le fils de ce prince nommé Tien ming entra avec une forte armée dans le Leao tong, et prit la ville de Cai yuen. Il écrivit en même temps à l’empereur pour lui porter ses plaintes, en protestant qu’il était prêt de rendre la ville, et de mettre bas les armes, si Sa Majesté lui accordait une satisfaction convenable à une si cruelle injure.

L’empereur communiqua cette lettre aux mandarins que ces plaintes concernaient : ils n’en firent nul cas, et on ne daigna pas même faire de réponse. Ce mépris mit le Tartare en fureur, et il jura qu’il immolerait deux cent mille Chinois aux mânes de son père.

En effet à la tête de cinquante mille hommes il s’empara de la ville nommée Leao yang ; il entra en vainqueur dans la province de Pe tche li, il se préparait même a attaquer la ville impériale ; mais il fut repoussé par les troupes chinoises, et forcé de se retirer dans le Leao tong, où il prit hautement la qualité d’empereur de la Chine.

L’année cinquante-cinquième du cycle le roi tartare, sous prétexte d’une ambassade solennelle vers l’empereur, faisait défiler ses troupes sur les terres de l’empire. La ruse fut découverte, et l’armée chinoise alla à sa rencontre. Les Tartares prirent aussitôt la fuite, et ayant attiré les Chinois par cette feinte, ils les enveloppèrent, et en tuèrent un très grand nombre. Le général chinois fut trouvé parmi les morts.

L’année suivante l’empereur opposa aux Tartares une très nombreuse armée soutenue de douze mille hommes de troupes auxiliaires, que le roi de Corée lui avait envoyés. On livra le combat, et la victoire fut longtemps incertaine : mais enfin elle se déclara pour le Tartare qui s’approcha de la capitale.

La consternation y fut si grande, que l’empereur l’aurait abandonnée, et se serait retiré dans les provinces du midi, si son conseil ne lui eût représenté que cette retraite le déshonorerait, qu’elle ranimerait le courage des Tartares, qu’elle abattrait le