Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/599

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dans la Tartarie. C’est encore maintenant le lieu ordinaire où l’on exile les coupables, et la vue qu’on a en peuplant ces vastes solitudes, est que les enfants qui y naîtront, prennent aisément le génie et les manières tartares.

Ce prince eut une singulière affection pour le père Adam Schal ; il ne l’appelait pas autrement que Ma fa, c’est un terme de respect, qui signifie, mon père : il le mit à la tête du tribunal des mathématiques pour réformer l’astronomie chinoise, et en chassa les mahométans qui en étaient en possession depuis trois siècles. Par une grâce tout à fait particulière, il lui permit de lui présenter directement ses requêtes, sans les faire passer par la voie des tribunaux, comme c’est l’usage.

Cette insigne faveur contribua beaucoup à l’avancement et au progrès de la religion. Aussi vit-on bientôt s’élever à Peking deux belles églises par l’autorité, et par la protection de l’empereur. L’année trente-troisième du cycle on vit pour la première fois à Peking une ambassade de la part du grand duc de Moscovie : mais elle n’eut point de succès, parce que l’ambassadeur ne voulut point s’assujettir au cérémonial chinois. Celle qui vint pareillement de la part des Hollandais ne fut pas plus heureuse.

L’année trente-sixième du cycle Tching tching cong, qui s’était contenté jusqu’alors de faire des excursions et de butiner sur les côtes de la Chine, vint avec trois mille bâtiments assiéger la ville de Nan king. Un assez jeune Chinois était viceroi de la ville et de la province. On assembla le conseil de guerre, et le chef des Tartares prononça, que vu la multitude des habitants, il n’était pas possible de défendre la ville si l’on ne commençait par les faire tous mourir.

Une pareille proposition fit horreur au viceroi. « C’est par moi, dit-il, qu’il faudra commencer le carnage s’il est vrai qu’on ne puisse pas pourvoir autrement à la sûreté de la ville. » Cette réponse ferma la bouche au Tartare, et sauva la vie des citoyens.

Il n’y avait que vingt jours que la ville était assiégée, lorsqu’on s’aperçut de grandes réjouissances dans le camp des assiégeants. Ils célébraient le jour de la naissance de leur général, et cette fête dura trois jours entiers, qui se passèrent en toutes sortes de divertissements et de festins. Les assiégés sortirent vers minuit dans un grand silence, et trouvant leurs ennemis ensevelis dans le vin et dans le sommeil, ils les attaquèrent, en tuèrent près de trois mille, et forcèrent le reste de l’armée de gagner les vaisseaux avec précipitation, et d’abandonner leur camp, leur bagage, et leurs provisions au vainqueur.

Tching tching cong voulant se dédommager au plus tôt sur mer de cette perte, alla attaquer la flotte tartare ; il la joignit, et après un rude combat de part et d’autre, il coula à fond plusieurs vaisseaux tartares, mit les autres en fuite, en prit plusieurs avec