Page:Dufay - L’Impôt Progressif sur Le Capital et le Revenu, 1906.djvu/37

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sans en avoir l’air, prélève beaucoup plus vite que cela les biens héréditaires, surtout dans les cas où elle prétend intervenir pour la protection des droits des incapables. Les grosses fortunes seules échappent à ces razzia radicales ; elles peuvent se transmettre à plusieurs générations sans trop de dommage ; ceci donne encore, en passant, matière à réflexion.

Un livre tout récent vient de mettre en relief les jolis effets de la puissante ploutocratie aux États-Unis d’Amérique. Dans Notre Féodalité charitable, M. Ghent en fait une peinture qui ne manque pas d’intérêt :

La démocratie américaine appelle ces millionnaires les coal barons (barons du charbon) et rit volontiers de leurs allures seigneuriales. Le livre sérieux de M. Ghent menace les États-Unis d’un retour au servage et au vasselage, tout en faisant remarquer que plusieurs de ces barons jouissent de leur luxe par procuration ; ce sont leurs femmes et leurs fils qui convertissent l’argent en plaisirs, pendant que le papa convertit le travail en argent. Le milliardaire ne se soucie pas de prendre part lui-même aux bals de légumes ou aux bals de chiens dans lesquels la fille se déguise en chou-fleur et le fils se met un collier et aboie, à la grande joie des invités. Pendant ces intelligentes réjouissances le nombre des propriétaires décroît, tandis que celui des fermiers s’accroît ; les premiers, qui cultivaient 75 % du sol en 1880, n’en cultivaient déjà plus que 65 % en 1900. Les marchands tombent dans la dépendance des gros industriels et ne se recrutent plus guère que parmi les invalides de la