Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/104

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cheveux, voici de l’huile de coco pour graisser tes membres. Viens, frère, que je te fasse la toilette du nègre marron.

Nazim et Laïza gagnèrent une clairière, et à la lueur des étoiles, Laïza commença, à l’aide de son tesson de bouteille, à couper les cheveux à son frère aussi promptement et aussi complétement qu’aurait pu le faire avec le meilleur rasoir le plus habile barbier. Puis, cette opération terminée, Nazim jeta son laugouti, et son frère lui versa sur les épaules une portion de l’huile de coco que contenait la gourde, et le jeune homme l’étendit avec la main sur toutes les parties de son corps. Ainsi oint des pieds à la tête, le beau nègre d’Anjouan semblait un athlète antique se préparant au combat.

Mais il fallait une épreuve pour tranquilliser tout à fait Laïza. Laïza, comme Alcidamas, arrêtait un cheval par les pieds de derrière, et le cheval essayait vainement de s’échapper de ses mains. Laïza, comme Milon de Crotone, prenait un taureau par les cornes et le chargeait sur ses épaules ou l’abattait à ses pieds. Si Nazim lui échappait à lui, Nazim échapperait à tout le monde. Laïza saisit Nazim par le bras, et raidit ses doigts de toute la force de ses muscles de fer. Nazim tira son bras à lui, et son bras glissa entre les doigts de Laïza comme une anguille dans la main du pêcheur ; Laîza saisit Nazim à bras-le-corps, le serrant contre sa poitrine comme Hercule avait serré Antée ; Nazim appuya ses mains sur les épaules de Laïza, et glissa entre ses bras et sa poitrine comme un serpent glisse entre les griffes d’un lion. Alors seulement le nègre fut tranquille ; Nazim ne pouvait plus être pris par surprise, et, à la course, Nazim lui-même eût lassé l’animal dont il avait pris le nom.

Alors Laïza donna à Nazim la gourde aux trois quarts pleine d’huile de coco, lui recommandant de la conserver plus précieusement que les racines de manioc qui devaient apaiser sa faim, et que l’eau qui devait étancher sa soif. Nazim passa la gourde dans une courroie et attacha la courroie à sa ceinture.

Puis les deux frères interrogèrent le ciel ; et, voyant à la position des étoiles qu’il devait être au moins minuit, ils prirent le chemin du morne de la rivière Noire, et disparurent bientôt dans les bois qui couvrent la base des Trois Mamelles ;