Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/28

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auquel la confiance de ses concitoyens l’avait élevé dans la milice nationale.

À peu de distance de ce groupe qui se pavanait dans son bonheur, on pouvait en distinguer un autre, moins brillant sans doute, mais à coup sûr plus remarquable.

Celui-là se composait d’un homme de quarante-cinq à quarante-huit ans et de deux enfants l’un âgé de quatorze ans et l’autre de douze.

L’homme était grand, maigre, d’une charpente tout osseuse, un peu courbé, non point par l’âge, puisque nous avons dit qu’il avait quarante-huit ans au plus, mais par l’humilité d’une position secondaire. En effet, à son teint cuivré, à ses cheveux légèrement crépus, on devait, au premier coup d’œil, reconnaître un de ces mulâtres auxquels, dans les colonies, la fortune souvent énorme à laquelle ils sont arrivés par leur industrie ne fait point pardonner leur couleur. Il était vêtu avec une riche simplicité, tenait à la main une carabine damasquinée d’or, armée d’une baïonnette longue et effilée, et avait au côté un sabre de cuirassier, qui, grâce à sa haute taille, restait suspendu le long de sa cuisse comme une épée. De plus, outre celles qui étaient contenues dans sa giberne, ses poches regorgeaient de cartouches.

L’aîné des deux enfants qui accompagnaient cet homme était, comme nous l’avons dit, un grand garçon de quatorze ans, à qui l’habitude de la chasse plus encore que son origine africaine avait bruni le teint ; grâce à la vie active qu’il avait menée, il était robuste comme un jeune homme de dix-huit ans ; aussi avait-il obtenu de son père de prendre part à l’action qui allait avoir lieu. Il était donc armé de son côté d’un fusil à deux coups, le même dont il avait l’habitude de se servir dans ses excursions dans l’île, et avec lequel, tout jeune qu’il était, il s’était déjà fait une réputation d’adresse, que lui enviaient les chasseurs les plus renommés. Mais pour le moment, son âge réel l’emportait sur l’apparence de son âge. Il avait posé son fusil à terre et se roulait avec un énorme chien malgache, qui semblait, de son côté, être venu là pour le cas où les Anglais auraient amené avec eux quelques-uns de leurs bouledogues.

Le frère du jeune chasseur, le second fils de cet homme,