Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/29

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à la haute taille et à l’air humble, celui, enfin, qui complétait le groupe que nous avons entrepris de décrire, était un enfant de douze ans à peu près, mais dont la nature grêle et chétive ne tenait en rien de la haute stature de son père, ni de la puissante organisation de son frère, qui semblait avoir pris à lui seul la vigueur destinée à tous les deux ; aussi, tout au contraire de Jacques, c’était ainsi qu’on appelait son aîné, le petit Georges paraissait-il deux ans de moins qu’il n’avait réellement, tant, comme nous l’avons dit, sa taille exiguë, sa figure pâle, maigre et mélancolique, ombragée par de longs cheveux noirs, avaient peu de cette force physique si commune aux colonies ; mais, en récompense, on lisait dans son regard inquiet et pénétrant une intelligence si ardente, et dans le précoce froncement de sourcil qui lui était déjà habituel, une réflexion si virile et une volonté si tenace, que l’on s’étonnait de rencontrer à la fois dans le même individu tant de chétivité et tant de puissance.

N’ayant pas d’armes, il se tenait contre son père, et serrait de toute la force de sa petite main le canon de la belle carabine damasquinée, portant alternativement ses yeux vifs et investigateurs, de son père au chef de bataillon, et se demandant sans doute intérieurement pourquoi son père, qui était deux fois riche, deux fois brave, deux fois fort et deux fois adroit comme cet homme, n’avait pas aussi comme lui quelque signe honorifique, quelque distinction particulière.

Un nègre, vêtu d’une veste et d’un caleçon de toile bleue, attendait, comme pour l’enfant au col festonné, que le moment fût venu aux hommes de marcher ; car alors, tandis que son père et son frère allaient se battre, l’enfant devait rester avec lui.

Depuis le matin, on entendait le bruit du canon, car depuis le matin, le général Vandermaësen, avec l’autre moitié de la garnison, avait marché au-devant de l’ennemi afin de l’arrêter dans les défilés de la montagne longue, et au passage de la rivière du Pont-Rouge, et de la rivière des Lataniers. En effet, depuis le matin, il avait tenu avec acharnement, mais ne voulant pas compromettre d’un seul coup toutes ses forces, et craignant d’ailleurs que l’attaque à laquelle il faisait face ne fut qu’une fausse attaque pen-