Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/67

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— Ah ! il serait impossible que je ne le reconnusse pas.

— Et cependant, s’écria le jeune homme, incapable de résister plus longtemps au sentiment qui l’agitait, vous ne m’avez pas reconnu, mon père !

— Vous !… toi !… toi !… s’écria à son tour le vieillard en parcourant l’étranger d’un regard avide, tandis qu’il tremblait de tous ses membres, la bouche entr’ouverte, et souriant avec doute.

Puis, secouant la tête :

— Non, non, ce n’est pas Georges, dit-il, il y a bien quelque ressemblance entre vous et lui, mais il n’est pas grand, mais il n’est pas beau comme vous, ce n’est qu’un enfant, et vous, vous êtes un homme.

— C’est moi, c’est bien moi, mon père ; mais reconnaissez-moi donc ! s’écria Georges, mais songez que quatorze ans se sont écoulés depuis que je ne vous ai vu, songez que je vais en avoir vingt-six, et si vous doutez, tenez, tenez, voyez cette cicatrice à mon front, c’est la trace du coup que m’a donné monsieur de Malmédie le jour où vous avez si glorieusement pris un drapeau anglais. Oh ! ouvrez-moi vos bras, mon père, et quand vous m’aurez embrassé, quand vous m’aurez pressé sur votre cœur, vous verrez que vous ne douterez plus que je soit votre fils.

Et à ces mots l’étranger se jeta au cou du vieillard, qui, regardant tantôt le ciel et tantôt son enfant, ne pouvait croire à tant de bonheur, et qui ne se décida à embrasser le beau jeune homme que lorsque celui-ci lui eut répété vingt fois qu’il était bien Georges.

En ce moment Télémaque parut au pied de la montagne de la Découverte, les bras pendants, l’œil morne et la tête penchée, désespéré qu’il était de revenir cette fois encore vers son maître sans lui rapporter quelque nouvelle de l’un ou de l’autre de ses enfants.