Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/80

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— C’est bien, monsieur, j’avais tort, répondit l’adversaire de Georges. Tirez à votre tour.

— Moi ! dit Georges en ramassant son chapeau qu’il avait posé à terre, et en tendant son pistolet au garçon du tir, moi tirer sur vous, pourquoi faire ?

— Mais c’est votre droit, monsieur, s’écria son adversaire, et je ne souffrirai pas qu’il en soit autrement. D’ailleurs, je suis curieux de voir comment vous tirez vous-même.

— Pardon, monsieur, dit Georges avec son imperturbable sang-froid, entendons-nous, s’il vous plaît. Je n’ai pas dit que je vous toucherais, moi. J’ai dit que vous ne me toucheriez pas ; vous ne m’avez pas touché. J’avais raison. Voilà tout.

Et quelque raison que pût lui donner son adversaire, quelques instances qu’il fît pour qu’il tirât à son tour, Georges remonta dans son cabriolet, et reprit le chemin de la barrière de l’Étoile, en répétant à son ami :

— Eh bien ! ne te l’avais-je pas dit que cela faisait une différence de tirer sur une poupée ou de tirer sur un homme ?

Georges était content de lui, car il était sûr de son courage.

Ces trois aventures firent du bruit, et posèrent admirablement Georges dans le monde. Deux ou trois coquettes se firent un point d’honneur de subjuguer le moderne Caton ; et comme il n’avait aucun motif pour leur résister, il fut bientôt un jeune homme à la mode. Mais au moment où on le croyait le plus enchaîné par ses bonnes fortunes, comme le moment qu’il s’était fixé lui-même pour ses voyages était arrivé, un beau matin Georges prit congé de ses maîtresses en leur envoyant à chacune un cadeau royal, et partit pour Londres.

À Londres, Georges se fit présenter partout et fut partout bien reçu. Il eut des chevaux, des chiens et des coqs ; il fit battre les uns et courir les autres, tint tous les paris offerts, gagna et perdit des sommes folles avec un sang-froid tout aristocratique ; bref, au bout d’un an, il quitta Londres avec le renom d’un parfait gentleman, comme il avait quitté Paris avec la réputation d’un charmant cavalier ; ce fut pendant ce séjour dans la capitale de la Grande-Bretagne, qu’il ren-