Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/81

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contra lord Murrey ; mais, comme nous l’avons dit, sans lier autrement connaissance avec lui.

C’était l’époque où les voyages en Orient commençaient à devenir à la mode. Georges visita successivement la Grèce, la Turquie, l’Asie Mineure, la Syrie et l’Égypte. Il fut présenté à Mehemet-Ali, au moment où Ibrahim-Pacha allait faire son expédition du Saïd. Il accompagna le fils du vice-roi, combattit sous ses yeux et en reçut de lui un sabre d’honneur et deux chevaux arabes, choisis parmi les plus beaux de son haras.

Georges revint en France par l’Italie. L’expédition d’Espagne se préparait, Georges accourut à Paris, et demanda à servir comme volontaire : sa demande lui fut accordée. Georges prit place dans les rangs du premier bataillon de marche et se trouva constamment à l’avant-garde.

Malheureusement, contre toute attente, les Espagnols ne tenaient pas, et cette campagne qu’on avait cru d’abord devoir être si acharnée, n’était guère autre chose, en somme, qu’une promenade militaire. Au Trocadéro cependant, les choses changèrent de face et l’on vit qu’il faudrait enlever de force ce dernier boulevard de la révolution péninsulaire.

Le régiment auquel Georges s’était joint n’était pas désigné pour l’assaut, Georges changea de régiment et passa aux grenadiers. La brèche pratiquée, et le signal de l’escalade donné, Georges s’élança à la tête de la colonne d’attaque et entra le troisième dans le fort.

Son nom fut cité à l’ordre de l’armée, et il reçut des mains du duc d’Angoulême la croix de la Légion d’honneur et de la main de Ferdinand VII la croix de Charles III. Georges n’avait eu pour but que d’obtenir une distinction. Georges en avait obtenu deux. L’orgueilleux jeune homme fut au comble de la joie.

Il pensa alors que le moment était venu de retourner à l’Île de France : tout ce qu’il avait espéré en rêve s’était accompli, tout ce qu’il avait désiré atteindre était dépassé : il n’avait plus rien à faire là-bas. Sa lutte avec la civilisation était finie, sa lutte avec la barbarie allait commencer. C’était une âme pleine d’orgueil qui ne se serait pas consolée de dépenser dans un bonheur européen les forces précieusement amassées pour un combat interrané : tout ce qu’il avait fait depuis dix ans, c’était pour dépasser ses compatriotes mulâtres et blancs,