Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/144

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ce qu’en effet elle était aussi, une simple meunière.

Et c’était quand il s’en revenait à travers la forêt, la nuit, escorté de cette meute de loups qui, du moment où la nuit était venue et où il avait mis le pied dans la forêt, ne le quittaient pas plus que des gardes du corps ne quittent un roi, c’était alors qu’il faisait les plus fatales réflexions.

Entouré de tentations semblables, il était impossible que Thibault, qui avait déjà marché dans la voie du mal, s’arrêtât et ne rompît pas avec ce qui lui restait encore, c’est-à-dire avec le souvenir de sa vie honnête.

Qu’étaient les quelques écus que lui donnait l’aubergiste de la Boule-d’or pour prix du gibier que lui procuraient ses bons amis les loups !

Amassés pendant des mois, des années, ils eussent été insuffisants à satisfaire le plus humble des désirs qui grondaient dans son cœur.

Je n’oserais pas dire que Thibault, qui avait commencé par souhaiter un cuissot du chevreuil du seigneur Jean, puis le cœur d’Agnelette, puis le moulin de la veuve Polet, se fût contenté maintenant du château d’Oigny ou de Longpont, tant ces pieds mignons, ces jambes fines et rondes, tant ces douces senteurs qu’exhalaient ces vêtements de velours et de satin avaient exalté son ambitieuse imagination.

Aussi se dit-il un jour qu’il serait décidément bien sot de demeurer toujours pauvre, lorsqu’une puissance aussi formidable que la sienne était mise à sa disposition.

Dès ce moment, il résolut d’exploiter cette puissance par les souhaits les plus exagérés, dût sa chevelure ressembler un jour à la couronne flamboyante que l’on aperçoit la nuit voltigeant au-dessus de la haute cheminée des manufactures de glaces de Saint-Gobain.