Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Le petit bonhomme, galant comme un chevalier français, arrivé à vingt pas de cette maison, prit les devants, monta plus lestement qu’on n’eût pu croire les cinq ou six marches du perron, et, en se haussant sur la pointe des pieds, arriva à atteindre du bout des doigts la sonnette.

Il est vrai que, lorsqu’une fois il la tint, il lui imprima une secousse qui indiquait la rentrée du maître.

C’était en effet, non seulement une rentrée, mais un triomphe. Le bailli ramenait un convive !

Une fille de chambre proprement endimanchée vint ouvrir.

Le bailli lui dit quelques mots tout bas, et Thibault, qui adorait les jolies femmes, mais qui ne détestait pas les bons dîners, crut comprendre que ces quelques mots avaient pour but de recommander le menu à Perrine.

Puis, se retournant :

– Soyez le bienvenu, mon cher hôte, dit le premier, dans la maison du bailli Népomucène Magloire.

Thibault fit respectueusement passer devant lui madame la baillive et fut introduit par le petit homme dans le salon. Là, le sabotier fit une faute.

Encore peu accoutumé au luxe, l’homme de la forêt ne fut point assez adroit pour dissimuler l’admiration que lui causait l’intérieur du bailli.

C’était la première fois que Thibault se trouvait en face de rideaux de damas et de fauteuils de bois doré.

Il croyait qu’il n’y avait que le roi, ou tout au plus monseigneur le duc d’Orléans, qui eût de pareils fauteuils et de pareils rideaux.

Thibault ne s’apercevait pas qu’il était épié par Mme Magloire, et qu’aucun de ses airs ébahis et de ses naïfs étonnements n’échappait à la fine mouche.