Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/163

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Le duc la lui accorda, non pas sans regrets, mais avec moins de regrets que dans toute autre circonstance.

Il venait d’épouser madame de Montesson ; et ce n’était plus que rarement qu’il venait à Villers-Cotterêts.

Monseigneur avait la religion des vieux serviteurs.

Il fit monter Magloire près de lui.

Il lui demanda combien il avait économisé à son service.

Magloire répondit qu’il avait le bonheur de ne pas se retirer dans le besoin.

Le prince insista pour savoir le chiffre de sa petite fortune.

Magloire avoua neuf mille livres de rente.

– À un homme qui m’a si bien fait manger pendant trente ans, dit le prince, il faut de quoi bien manger pendant le reste de sa vie.

Et il porta la rente à douze mille livres par an, afin que maître Magloire eût mille livres à dépenser par mois.

En outre, il lui permit de choisir un ameublement complet dans le vieux garde-meuble.

De là venaient les rideaux de damas et les fauteuils dorés qui, quoique un peu passés, avaient conservé ce grand air dont Thibault avait été émerveillé.

À la fin du premier perdreau et à la moitié de la seconde bouteille, Thibault savait que madame Magloire était la quatrième femme de son hôte, chiffre qui semblait grandir le majordome d’une coudée à ses propres yeux.

Il savait, en outre, qu’il l’avait épousée, non pour sa fortune, mais pour sa beauté, ayant toujours été aussi amateur de jolis visages et de belles statues que de bons vins et d’appétissante victuaille.