Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/210

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Ils furent pareils à un homme qui dans l’orage entend le bruit du tonnerre et voit serpenter la foudre autour de lui, mais qui a le bonheur de ne pas être touché par le fluide mortel.

Bientôt le sabotier rougit de ses pleurs et eut honte de ses sanglots.

Il renfonça les uns dans ses yeux, les autres dans sa poitrine.

Il sortit de son gîte la tête perdue, et s’élança dans la direction de sa cabane.

Il fit une lieue en moins d’un quart d’heure.

Cette course effrénée, en amenant la transpiration, le soulagea un peu.

Enfin, il reconnut les alentours de sa chaumière.

Il y rentra comme un tigre rentre dans sa caverne, referma la porte derrière lui, et s’accroupit dans l’endroit le plus obscur du pauvre logis.

Là, les coudes sur les genoux, le menton sur les poignets, il pensa.

Quelles furent les pensées de ce désespéré ?

Demandez à Milton quelles furent les pensées de Satan après sa chute.

Il pensa à ces rêves qui lui avaient éternellement bouleversé l’esprit, qui avaient fait tant de désespérés avant lui dans le passé, et qui devaient encore faire tant de désespérés après lui dans l’avenir.

Pourquoi les uns naissent-ils faibles et les autres puissants ?

Pourquoi tant d’inégalité dans une chose qui se passe d’une façon si identique à tous les étages de la société, la naissance ?

Par quel moyen corriger ce jeu de la nature où le hasard tient éternellement les cartes contre l’homme ?

N’est-ce pas, avait-il pensé, en faisant comme font les joueurs habiles : en mettant le diable de leur côté ?