Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/76

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ses pauvres bras tremblants, que sa bonne vieille figure ridée s’appuie sur la mienne ; lorsque je me sens les joues humides des larmes d’attendrissement qui coulent de ses yeux, je me mets à pleurer aussi, et ces larmes-là, monsieur Thibault, elles sont si faciles et si douces, que jamais dame ou demoiselle, fût-elle reine ou fille de roi, n’a eu, j’en suis sûre, de joie plus vive dans ses plus heureux jours ; et bien certainement nous sommes cependant, ma grand-mère et moi, les deux créatures les plus dénuées qu’il y ait à la ronde.

Thibault écoutait tout cela sans répondre, restant rêveur, de cette rêverie particulière aux ambitieux.

Et cependant, au milieu de ses rêves d’ambition, il avait des moments d’affaissement et de dégoût.

Lui qui avait si souvent passé des heures entières à regarder les belles et nobles dames de la cour de monseigneur le duc d’Orléans monter et descendre les escaliers du perron ; lui qui avait si souvent passé des nuits entières à regarder les fenêtres ogivales du donjon de Vez, resplendissant dans la nuit de la lumière des festins, il se demandait si ce qu’il avait si souvent ambitionné, une noble dame et une riche demeure, vaudrait un toit de paille avec cette douce et belle enfant qu’on appelait Agnelette.

Il est vrai que cette brave petite femme était si gentille, que tous les comtes et tous les barons du pays la lui eussent bien certainement enviée à leur tour.

– Eh bien, par exemple, Agnelette, dit Thibault, si un homme comme moi s’offrait pour être votre mari, l’accepteriez-vous ?

Nous avons dit que Thibault était beau garçon, qu’il avait de beaux yeux et de beaux cheveux noirs, que ses voyages du tour de France en avaient fait plus qu’un simple ouvrier.

D’ailleurs, on s’attache vite aux gens par le bien qu’on leur a fait, et Agnelette, selon toute